Testaments enregistrés au Parlement de Paris sous le règne de Charles VI » Thomas l'Écorché, licencié ès lois, avocat au Châtelet de Paris
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Thomas l'Écorché, licencié ès lois, avocat au Châtelet de Paris

Thomas l'Écorché, avocat au Châtelet de Paris, soutint devant cette juridiction un procès avec son oncle maternel, Aubri de Trie, conseiller en la Chambre du Trésor, au sujet des biens laissés par un autre de ses oncles, Thomas de Trie, entré dans les ordres; l'affaire, portée en appel devant le Parlement au mois de novembre 1406, se termina le 23 août 1409 par un accord passé entre Jean le Marquant et Jeannette, sa femme, sœur et héritière de Thomas l'Écorché, d'une part, et Aubri de Trie, d'autre part; indépendamment des biens attribués dans le principe à Marie, sœur de Thomas et d'Aubri de Trie, sa fille Jeannette et son mari reçurent « en augmentacion de partage » un hôtel sis à Provins, rue de Boulançais, et diverses terres (Arch. nat., X1C 98).

  • R, Archives nationales, X1A 9807, fol. 203 r°.

A tous ceuls qui ces presentes lettres verront ou orront, Guillaume, seigneur de Tignonville, chevalier, conseillier, chambellan du roy [p. 186] nostre sire et garde de la prevosté de Paris, salut. Savoir faisons que par devant Jehan Guerry et Jehan Piece, clers notaires jurez du roy nostre dit seigneur, de par lui establiz en son Chastellet de Paris, fu present honnorable homme et saige, maistre Thomas l'Escorchié licencié en loys, advocat ou Chastellet dessus dit, lequel maistre Thomas estant enferme de corps, toutesvoyes par la grace de Dieu sain de pensee, et de bon et vray entendement, si comme il disoit, et comme de prime face apparoit aus diz notaires, attendant et saigement considerant qu'il n'est chose plus certaine de la mort ne moins certaine de l'eure d'icelle, et que a toute humaine creature par le decours du temps approuche de jour en jour le terme et la fin de sa vie, et pour ce, lui, non sans cause, pensant aux choses derrenieres, tandiz que force et vigueur regnent en soy et sens et raison gouvernent sa pensee, non voulant de cestuy mortel monde deceder intestat, mais voulant de tout son povoir remedier et pourveoir au salut de l'ame de lui, des biens et choses que Dieu Nostre Seigneur lui avoit et a prestez et envoyez, de son bon gré, bonne volenté, propre mouvement et de sa certaine science, sans force, fraude, erreur, induction ou contrainte aucunes, par bonne et meure deliberacion eue sur ce en son couraige et pensee deventraine, si comme il disoit, fist, nomma et ordonna, et par ces lettres, en la presence et par devant yceulx notaires, fait, nomme et ordonne son testament ou ordonnance de sa derreniere volenté, ou nom du Pere, du Filz et du benoist saint Esperit, en la forme et par la maniere qui s'ensuit :

  • Premierement et avant toutes choses, il, comme bon et vray catholique, recommanda tres humblement et devotement l'ame de lui, quant de son corps departira, a Dieu le Pere tout puissant, createur du ciel et de la terre, a Jhesu Crist, filz d'icelui, Nostre Sauveur et redempteur, et au benoist saint Esperit, qui est un Dieu en trois personnes, a la tres glorieuse Vierge Marie, mere d'icelui nostre redempteur, a monseigneur saint Michiel archange, a monseigneur saint Jehan Baptiste, saint Pierre, saint Pol, saint Jehan l'Euvangeliste, a tous les benois sains et a toutes les benoistes saintes de Paradis.
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  • En apres, il eslut sa sepulture en terre benoiste, et volt estre inhumé et enterré ou cymetiere de Sains Innocens, a Paris, en la grant fosse aux povres.
  • Item, il volt son luminaire estre fait le jour de son obseque de douze torches, et que ce jour soient dictes et celebrees quarante messes de Requiem en l'glise de Saint Josse, dont il estoit parroissien, tant pour le salut et remede de l'ame de lui, comme pour les ames de ses feux pere, mere, amis, parens et bienfaiteurs, et le lendemain, une autre messe en l'eglise des diz Innocens.
  • Item, ycelui testateur volt, commanda et ordonna toutes ses debtes estre paiees et ses torsfaiz amendez par ses executeurs cy apres nommez, de ce dont il leur apperra deuement.
  • Item, il laissa a l'euvre ou fabrique de la dicte eglise de Saint Josse vint solz Parisis, au curé d'ilec huit solz Parisis, a messire Estienne Chevrel huit solz Parisis, et au clerc d'ilec deux solz Parisis.
  • Item, a l'ospital de Saint Julian le Povre en la grant rue Saint Martin un lit fourny de couste et coissin, une petite sarge perse pour couchier les povres venans ylec, avecques une paire de petiz draps de lit, et a l'euvre d'icelui hospital Saint Julian huit solz Parisis.
  • Item, a l'ospital de Saint Jaques en la grant rue Saint Denis a Paris huit solz Parisis.
  • Item, aux quatre ordres Mendians de Paris, c'est assavoir, Augustins, Carmes, Cordeliers et Jacobins, a chascun d'iceulx colleges, huit solz Parisis, parmi ce qu'ilz diront vigiles, comme ilz ont acoustumé.
  • Item, a l'Ostel Dieu de Paris xvi solz Parisis; a l'euvre de Saint Jaques du Haut Pas, pres de Paris, iiii solz Parisis; a l'euvre des Sains Innocens de Paris xx solz Parisis, et au luminaire de Nostre Dame ordonné en l'Eglise de Paris viii solz Parisis.
  • Item, il laissa a Marie, sa niepce, une vermeille chambre qu'il avoit, avecques les verges de fer, et iiiic de gris pour fourrer une robe.
  • Item, le dit testateur laissa a Perrin d'Auxy, son serviteur, le lit ou icelui testateur gisoit, c'est assavoir, couste, coissin, un gros oreillier, [p. 188] deux paire de draps, dont l'une sera neufve, et l'autre des draps communs de son hostel, et une coutepainte, sans ciel, sans dossier, et sans trois custodes noires qui sont sur le dit lit.
  • Item, il laissa a tous ses filloz et filiales portans son nom, a chascun deux aulnes de drap, de trente deux solz Parisis les deux aulnes.
  • Item, il donna et laissa a la femme Jehan Queze, sa commere, nommee Guillemete, sa houpelande fourree de crouppes, et au dit Jehan Queze laissa son habit a chevauchier, fourré de gorges de martres.
  • Item, laissa a Guillemin, son clerc et serviteur, pour les bons et agreables services qu'il lui avoit et a faiz, la somme de quarante solz Parisis, pour une foiz.
  • Item, le dit testateur laissa a Freminette la Hermande, fille de feu Ymbert Pagot, pour elle et pour ses ayans cause, tout le residu de tous ses biens meubles, quelz et ou qu'ils soient, cestui sien present testament paie et acompli moyennant et parmi ce que ycelle Freminete sera tenue nourrir et gouverner Huet, son nepveu a present demourant avecques lui, et le tenir a l'escole.
  • Item, ycelui testateur sur ce bien advisié ratiffia, conferma et approuva du tout certain don par lui fait entre vifs a la dicte Freminette, de sa maison neufve, ou il demoure a present, assise en la rue des Menestrez, de cinq quartiers de vigne qu'il avoit ou vigne de Clignencourt, de une queue de vin de rente, qu'il prent chascun an sur les heritages et biens de Perrin le Coçonnier, demourant a Pentin, et de un muy de vin de rente sur tous les biens de Guillaume Cochet, demeurant a la Villette Saint Ladre, et aussi un autre don par lui fait, comme dessus, au dit Perrin d'Auxy, de une petite maison, assise en la dicte rue, tenant et joingnant a l'autre maison devant dicte; voulant yceulx dons estre et demourer valables, avoir et sortir leur plain effect par la forme et maniere que faiz et accordez leur avoit et a par lettres sur ce faictes soubz le seel de la dicte prevosté de Paris, sans les nover en aucune maniere, et sans ce que ses heritiers ne autres quelzconques les puissent ou doivent debatre, [p. 189] contredire, impuner, ne y faire ou mettre aucun empeschement ou destourbier.

Et s'il avenoit que aucun empeschement y feust, tel que la dicte Freminette et le dit Perrin d'Auxy ne peussent joir paisiblement de leurs diz dons et qu'ilz ne sortissent leur plain effect, en ce cas, le dit testateur laissa a la dicte Freminette, pour elle et ses ayans cause, tous ses conquestz et biens meubles, quelz et en quelz lieux qu'ilz soient et puissent estre, avecques les deux pars du quint de ses propres heritages, que il ou dit cas volt estre quintoyé, et l'autre partie et residu d'icelui quint il laissa et laisse au dit Perrin, pour lui et pour ses ayans cause, pour d'iceulx conquestz et biens meubles, et du dit quint de son dit propre, joir et user par la dicte Freminete et par ycelui Perrin, chascun de ce que cy dessus laissié lui en est, et en faire les fruiz, prouffiz et revenues leurs, durant la vie d'eulx tant seulement, en payant par eulx et leurs ayans cause les charges que ce doit par an, et aussi en retenant les diz heritages comme viagiers doivent et sont tenuz de faire. Et, eulz alez de vie a trespassement, que tout ce feust et soit vendu et adeneré, et les deniers qui en ystront le dit testateur des maintenant pour lors, ou cas dessus dit, volt et ordonna estre donnez et aumosnez pour Dieu et en aumosne par ses diz executeurs, s'aucuns en vivoient pour lors, si non, par les executeurs de la dicte Freminete et du dit Perrin, ou d'autres bonnes personnes qui y seroient ordonnees, a povres gens mesnagiers, pucelles a marier, en faire dire messes, et autres euvres piteables, pour le salut et remede des ames d'icelui testateur, de ses diz feux pere et mere de la dicte Freminete, d'icelui Perrin, et de leurs amis, parens et bienfaiteurs, non obstans us, stile, coustume et autres choses a ce contraires.

Pour toutes lesqueles choses en ces lettres contenues et escriptes enteriner, acomplir et mettre a fin et execucion deues, de point en point, selon leur forme et teneur, icelui testateur, confiant a plain de la dicte Freminete, de honnorable homme et saige, maistre Adam Houdebeuf, advocat ou dit Chasteilet, et de Pierre de Venables, yceulx [p. 190] et chascun d'eulx fist, nomma et esleut ses executeurs et feaulx commissaires ausquelz ensemble et aux deux d'iceulx, dont la dicte Freminete et le dit maistre Adam soient tousjours les deux, et que sans eulx deux aucune chose n'en puist estre fait, il donna et donne povoir de ce faire, de adjouster, acroistre, ou diminuer ycelui son testament, le corriger, interpreter et y faire en toutes choses tout ce que ilz verront en leurs consciences estre bon a faire pour le salut et remede de l'ame de lui, en leur priant piteusement que ilz s'en vueillent chargier et le mettre a fin deue, au plus tost et le mieulx que faire se pourra.

Es mains desquelz ses executeurs ycelui testateur, des maintenant pour lors, se dessaisi et desvesti de tous ses biens meubles et immeubles, voulant et consentant que tantost apres son trespassement ilz en feussent et soient saisiz et vestuz partout deuement, pour ycelui son testament enteriner et acomplir en les soubzmettant pour ce du tout avecques le fait de son execucion a la jurisdicion, cohercion et contrainte de nous et de noz successeurs prevosiz de Paris; et revoca, et rappella tous autres testaniens, codicilles et ordonnances de derreniere volenté par lui autres fois faiz et ordonnez avant ycelui present, auquel il se arresta et arreste du tout, et le volt estre et demourer valable par force de testament, de codicille et autrement par les meilleurs forme et maniere que de droit, de us, stile et coustume, et autrement valoir et demeurer pourra et devra. En tesmoing de ce, nous, a la relacion des diz notaires, avons mis a ces lettres testamentaires le seel de la dicte prevosté de Paris. Ce fu fait et passé l'an de grace mil quatre cens et six, le lundi treze jours du mois de septembre.

Ainsi signé Piece. J. Guerry.
Collacio facta fuit cum originali, die va decembris, m° cccc vii°.