Testaments enregistrés au Parlement de Paris sous le règne de Charles VI » Robert Mauger, premier président du Parlement de Paris
[p. 356]
[p. 356]

Robert Mauger, premier président du Parlement de Paris

Robert Mauger, maître ès arts, licencié en droit civil et canon, occupa les charges de conseiller et de président au Parlement de Paris pendant près de trente années. Conseiller en la grand'Chambre dès le début de 1389 il fut envoyé à Reims au mois de janvier 1390 pour y instruire une enquête par ordre des Réformateurs généraux (Arch. nat.,X1A 4788, fol. 165 v°; KK 13, fol. 27). Après la mort de Jean de Popincourt, la nomination de Henri de Marie au poste de premier président laissa vacante la place de troisième président; Robert Mauger se mit sur les rangs et au scrutin du 22 mai 1403 réunit la majorité des suffrages, ce qui n'empêcha point le roi de lui préférer Jacques de Ruilly, président des Requêtes du Palais. Trois ans plus tard, Robert Mauger alléguant l'absence fréquente des présidents parvint à obtenir le titre qu'il ambitionnait, sous réserve des émoluments de sa charge de conseiller, en attendant qu'une vacance se produisit parmi les présidents en exercice. Sa réception eut lieu le 27 avril 1407 (Arch. nat., X1A 1478, fol. 112 v°, 319 v°). L'autorité royale le chargea à diverses reprises de missions judiciaires: ainsi, au mois de novembre 1407, il fut envoyé en Poitou et en Anjou; le 1er septembre 1409, il vint à Troyes pour y tenir les Grands Jours et ne retourna à Paris que le 12 novembre (Arch. nat., X1A 9188, fol. 137 r°). Le président Mauger fut même admis dans les conseils de l'État; il assista, le [p. 357] 20 juillet 1411, à l'assemblée où furent arrêtés les termes de la réponse à la lettre des princes d'Orléans qui demandaient justice de la mort de leur père (Douet d'Arcq, Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, t. I, p. 341). En 1413, lorsque Henri de Marle devint chancelier de France, Robert Mauger se trouva désigné pour lui succéder en qualité de premier président; nommé par 42 voix au scrutin ouvert le 12 août, il entra en fonctions le 16 août suivant. Le premier magistrat du Parlement, loin d'être accueilli avec faveur, fut sévèrement réprimandé pour sa négligence; on lui enjoignit d'être plus « diligent en son office que ou temps passé» et de se comporter de telle manière «qu'il puist franchement repranre et redarguer les autres qui mespranront» (Arch. nat., X1A 1479, fol. 258, 259). Tant que le parti Armagnac fut à la tête du pouvoir, Robert Mauger dirigea les délibérations de la Cour et conserva une situation prépondérante dans le Conseil royal; le 5 décembre 1415, en présence des grands corps de l'État assemblés en l'hôtel de Bourbon où résidait le duc de Guyenne, il prit la parole « et proposa sur le fait du gouvernement du royaume et monstra que le roy n'avoit que trois amis puissans à le secourir contre la fureur de ses ennemis, c'est assavoir, le duc de Touraine son filz, le duc de Bourgogne et le duc de « Bretagne » (Juvénal des Ursins, édit. Michaud, p. 525; Monstrelet, édit. Douet d'Arcq, t. II, p. 30). Dans la séance du 14 janvier 1418, le premier président exposa sommairement les mesures que l'on comptait prendre « pour l'apaisement des guerres et divisions » qui déchiraient le royaume, et siégea pour la dernière fois le 12 juin 1418 (Arch. nat., X1A 1480, fol. 115 v°). Au mois de juillet suivant, lorsque le Parlement fut rétabli et reconstitué sur de nouvelles bases, le président Mauger fut supplanté par Philippe de Morvilliers. Le chagrin, joint aux violentes émotions de cette période troublée, hâta sa fin; il mourut le jour de Noël de l'année 1418 et fut inhumé dans l'église des Carmes, devant le grand autel. Sa veuve, Simonne Darie, lui survécut deux années et dut terminer ses jours le 27 octobre 1420, et non 1418, comme le porte fautivement l'épitaphe reproduite par les auteurs des Éloges des premiers présidents, p. 26. Leur fille Marguerite épousa, vers la fin de l'année 1409, un conseiller au Parlement Étienne des Portes, appartenant au parti bourguignon et exilé le 30 août 1417; en considération de ce mariage, Robert Mauger fut gratifié par Charles VI de 1,000 francs sur les aides et donna quittance le 28 avril 1411 d'un reliquat de 300 livres Tournois (Bibl. Nat., cab. des titres, pièces originales). Marguerite la Maugère n'existait plus à la date du 9 septembre 1428, comme le montre un accord passé au Parlement entre Étienne des Portes, ayant la tutelle des enfants issus de cette union, et Jean de la Fontaine, bourgeois de Paris (Arch. nat., X1C 136). Un fils du premier président, Jacques Mauger, entra dans les ordres; mentionné en 1414 [p. 358] parmi les enfants des membres du Parlement auxquels ie pape Jean XXIII accorda un induit, il devint chanoine et archidiacre de Soissons et décéda dans les premiers mois de l'année 1434 (Arch. nat., X1A 8603,fol. 9 r°; X1A 9807, fol. 29 v°). Le président Mauger faisait partie du conseil administratif du collège de Beauvais c'est à ce titre qu'il assista au repas offert, le 18 juillet 1400, à Guillaume de Dormans, archevêque de Sens, qui était venu visiter cet établissement. Le 3o janvier 1406, le Parlement lui confia la collation des bourses du même collège. Robert Mauger résidait dans le quartier universitaire, et habita notamment la rue Saint-Jacques; pendant les inondations de l'hiver de 1408 il fut l'un des membres du Parlement qui, par suite de la rupture des ponts, siégèrent, les 6 et 7 février 1408, en l'abbaye Sainte-Geneviève (Arch. nat., H 27855; X1A 1478, fol. 250 v°).

  • S, Bibliothèque nationale de France, Moreau 1161, fol. 309 r°.

C'est le testament ou derreniere voulenté que moy, R[obert] Maugier, conseillier du roy nostre sire, faiz et ordonne en la maniere qui s'ensuit, et veulx qu'il vaille par maniere de testament ou de codicille, comme raison et conscience le pourront souffrir.

  • Primo, je recommande mon ame a la benoiste Trinité, a la glorieuse Vierge Marie, a monseigneur saint Michiel, a monseigneur saint Pierre, saint Pol, saint Jehan, saint Jaques, saincte Geneviefve, saincte Marguerite, saincte Katherine et a tous les sains et sainctes de Paradis.
  • Item, je esliz ma sepulture ou mes executeurs la esliront, et veult que perpetuelment soit fondé ou sera ma dicte sepulture, chascun jour ung de Profundis, avec Pater et Inclina, a l'issue de chascune grant messe, avec ung obit solennel chascun an, ou que la dicte sepulture soit, aux Freres Prescheurs ou Carmelites de Paris, pres de leur grant autel, avec la fondacion tant du dit de Profundis comme du dit obit, et tout selon l'ordonnance de mes executeurs, et par especial de ma chiere compaigne Symonnette.
  • Item, que un tableau de cuivre soit mis a fer et a pion pres de la dicte sepulture, ou la dicte fondacion sera escripte a fin de perpetuel memoire.
  • Item, je vueil et ordonne que mes debtes soient paiees et mes torsfaiz amendez.
  • Item, je ordonne que cinquante livres Tournoiz soient prins de mes [p. 359] biens pour faire chanter deux anuelz pour feue Agnes la Pochonne et feu messire Jehan de Montargis, ainsi qu'il est contenu en certaine cedule qui est entre mes lettres, car maistre Pierre d'Ogier a euz les autres cinquante livres Tournoiz.
  • Item, un livres Parisis en ont esté baillees par moy aux Cordeliers de Soissons, comme il appert par leur quictance, et x livres Parisis en ont esté par moy baillees a frere Jehan Burlez carme, comme il appert par sa dicte quictance.
  • Item, ce que on ne trouvera par quictance avoir esté fait, je veulx qu'il soit parfait.
  • Item, je vueil et ordonne que xx livres Tournoiz soient baillees a messire Thibaut de la Grange, pour rendre a la femme feu Pierre de Peny, pour ce qu'il me semble que ung brevet de xx frans que je lui rendiz et dont il me paia estoit acquictiez, et de ce je charge le dit de la Grange.
  • Item, je vueil que xx messes soient chantees pour Guillot mon vigneron, pour ce que je puis bien estre de tant tenuz a lui, ou a ses heritiers.
  • Item, je vueil que cinquante messes de Requiem soient chantees en l'eglise de Soissons en la chappelle de monseigneur saint Martin, pour l'ame de feu messire Raoul Piat, mon oncle, qui est enterré assez pres de la dicte chappelle.
  • Item, je vueil et ordonne que xxv messes de Requiem soient chantees en la dicte eglise en la chappelle saint Cornille et saint Andrieu, dont j'ay esté chapellain, pour l'ame du fondeur et aussi pour les faultes que je y puis avoir faictes.
  • Item, je vueil et ordonne que pareillement soit fait en la parroisse de Pernant et en la parroisse de Vierzy, dont j'ay esté chapellain.
  • Item, je vueil et ordonne que ung obit soit chanté en l'eglise de Nostre Dame des Vignes de Soissons, dont j'ay esté chanoine, et que iiii cierges de quatre livres y soient mis, et que chascun chanoine, chapellain et prestre ait pour les vigiles et messe iiii solz Parisis, et les non prestres ii solz Parisis, et pour les clers autant.
  • [p. 360]
  • Item je donne et laisse a la fabrique d'icelle eglise xx solz Parisis pour une foiz.
  • Item, a la fabrique de la mere eglise de Saint Gervais xx solz Parisis pour une foiz.
  • Item, je ordonne quatre anuelz qui seront chantez pour moy, dont les religieux de Saint Jehan des Vignes de Soissons en chanteront ung, se ilz s'en veulent chargier, les religieux d'Essomes l'autre pareillement, et pour chascun anuel auront xxx escuz, et qu'ilz promettent loyaument de les chanter sans fraude.
  • Item, les deux autres seront chantez au plus prouchain autel de ma sepulture, et par prestres dignes et devoz, et de ce et du salaire je charge mes executeurs.
  • Item, je ordonne que le jour de mon obseque et incontinent apres mon trespas soient chantees jusques a vc messes de Requiem par religieux Mendians, tant que on en pourra finer, et le surplus par autres prestres devoz et bien preudommes.
  • Item, je laisse a chascune des nu ordres Mendians xx solz Parisis pour une foiz, et diront vigiles aux obseques acoustumees.
  • Item je laisse a l'Ostel Dieu de Paris xx solz Parisis et aux freres de leans xx solz Parisis, pour dire vigiles comme dessus.
  • Item, je ordonne une tumbe estre faicte a l'ordonnance de ma dicte chiere compaigne Symonnette parle conseil de mes autres executeurs, et du luminaire de l'obseque pareillement.
  • Item, je donne et laisse a Jaquin, mon frere, deux de mes petites tasses d'argent avec ung de mes chevaulx ou mules du mendre pris, et si veulx que en sa conscience il demeure quicte de tout ce qu'il s'est entremis de mes besongnes de par dela.
  • Item, je donne et laisse au curé de Monteron ung arpent de ma terre, cellui qui sera plus convenable a joindre pres des terres de la dicte cure et curé, parmi ce qu'il sera tenus de chanter chascun an nu messes de Requiem pour l'ame de mes pere, mere, suers et freres, et a l'autel de Nostre Dame devant lequel ma dicte mere est enterree, et veulx qu'il soit enregistré es messelz et es livres de l'eglise, et s'il y falloit aucune [p. 361] chose fournir pour les dictes nu messes, je ordonne que mes heritiers et executeurs le facent. Et si laisse a la fabrique et marreglerie de la dicte eglise une mine ou demi arpent de terre de mes conquestz, a l'arbitrage des preudommes, pour supporter les fraiz de la cure, de l'uille et des aournemens et livres de la dicte eglise, et oultre pour faire ce que dit est je leur laisse deux escuz d'or pour une foiz. Et si veulx que mon obseque soit fait en la dicte eglise, et que vigiles et messe haulte a dyacre et soubzdyacre tout en ung jour soient chantees, et qu'il y ait iiii livres de cire x prestres qui tant en pourra avoir, et que chascun chante messe, et ait a disner et iiii solz Parisis, et aussi que mes parens et amis d'environ y soient semons a la messe et aient a disner honnestement.
  • Item, je veulx et ordonne que a povres gens de la dicte parroisse de Monteron de Marisy de Saint Mard et de Saincte Genevieve soient donnez pour Dieu et en aumosne xx livres Tournoiz, ainsi qu'il sera le mieulx employé selon la necessité de chascun.
  • Item, soient distribuez pareillement a Paris autres xx livres Tournoiz le jour de mon obseque, sans faire assemblee generale de povres gens.
  • Item, je laisse a la fabrique de Saint Severin xv solz Parisis pour une foiz paiez.
  • Item, je donne et laisse aux Filles Dieu de Paris, aux Beguines, a celles de Saincte Avoye, a celles de la Chapelle Haudry, a l'ostel du Saint Esperit en Greve, a chascun pour unes vigiles et messe xx solz Parisis.
  • Item, je laisse a la fabrique d'Espineul sur Orge xx solz Parisis, a celle de Louans xx solz Parisis, a celle de Chevilly xx solz Parisis.
  • Item, je laisse aux Bons Enfans de la porte Saint Victor, pour unes vigiles et messe, xx solz Parisis.
  • Item, je veulx que xx messes de Requiem soient chantees au college de Dormans pour le repos de l'amede feu monseigneur le cardinal de Beauvais, fondeur du dit college.
  • Item je veulx que vigiles et messe de Requiem soient chantees pour moy [p. 362] ou dit college par les chapellains et clers de chapitre du dit college, et que chascun des chapellains ait iiii solz Parisis, cellui qui chantera la dicte messe a note iiii solz Parisis et chascun des clers xvi deniers Parisis.
  • Item, je veulx et ordonne qu'il y ait iiii cierges de iiii livres de cire, qui serviront a la dicte chapelle tant comme ilz pourront durer.
  • Item, je laisse a la parroisse de Saint Benoit x livres Parisis pour une foiz, en recompensacion des arrerages de xx solz Parisis de rente qu'ilz eurent sur la maison ou j'ay demouré, assise en la rue Saint Jaques, parmi ce qu'ilz seront tenuz de faire x obiz pour maistre Jehan l'Esleu qui leur laissa yceulx xx solz Parisis de rente sur ycelle maison, et de ce appert par les lettres du bail d'icelle maison qui sont devers moy.
  • Item, je vueil et ordonne que les xl solz Parisis de rente que j'ay y autres foiz voulu avoir de Jaquin soient donnez a l'eglise de Monteron, en l'onneur de Dieu, de saint Souppliz, et quelle soit amortie du prieur de Marisy a mes despens, et que lé curé en ait xxx solz pour celebrer chascun mois une messe pour les ames de mes pere et mere, et en la chapelle de Nostre Dame devant laquele ma dicte mere est enterree, elle seurplus soit pour supporter les fraiz d'icelle eglise, et qu'il soit enregistré es messelz et autres livres d'icelle eglise a fin de memoire perpetuel.
  • Item, je vueil que lv solz Parisis soient donnez et aumosnez pour l'ame de cellui de qui je achetay demi millier de cotteretz en Greve, dont je ne vy oncques puis cellui a qui les diz lv solz Parisis sont deuz, ne heritier de lui.
  • Item, je vueil et ordonne que une messe du saint Esperit chascune sepmaine soit fondee eu l'eglise de Soissons en la chapelle Saint Martin, avec les deux autres messes que je y ay pieça fondees, et que la somme de l'argent qui leur a esté accordee leur soitbaillee, et laquele est en deux gans, en l'un desquelx a cent et cinquante moutonnés et en l'autre en a cent, et se il ne leur souffit, que creue soit faicte de xx moutons ou plus, s'il est mestier, qui seront trouvez en ma tasse, sans ceulx qui sont es diz deux gans; et que une chasuble, aube, amit, [p. 363] estole, fanon et trois nappes d'autel, saincture leur soient baillez, ainsi que autres ioiz le leur ay escript et accordé, et que ung calice leur soit baillé, parmi ce qu'ilz renderont cellui qu'ilz ont, et que ung bon messel leur soit achaté pour la fondation d'icelle messe pour ycelle chapelle, du pris de xxv ou xxx frans, en rendant le petit messel que je leur ay pieça baillé, et que les pateles et paix d'argent que je leur ay pieça promis leur soient baillez pour servir au grant autel, et que ung tableau soit fait de la dicte fondacion, a fin de perpetuel memoire, aux despens de ma dicte execucion.
  • Item, je veulx et ordonne que les cens et rentes qui sont deuz aux censiers ou rentiers de la terre de Louans et de Vaulx sur Orge soient paiees, et que en compose aux censiers le plus amiablement que faire se pourra sans charger les heritages plus avant qu'ilz ne sont, et aussi que la disme de mes vignes de Vaulx qui n'a esté paiee le temps passé, je charge mes diz heritiers et executeurs de les paier a ceulx a qui il appartendra, et que on compose a eulx le plus amiablement que on pourra et aux despens de mon execucion.
  • Item, je ordonne et esliz mes executeurs, la dicte Symontiette, ma compaigne, maistre Jehan Garitel, maistre Pierre de Ogier, maistre Nicole de Baye, maistre Guillaume l'Aillier, maistre Estienne des Portes, et que de ii ou iii ou iiii la dicte Symonnette soit tousjours l'une.
  • Item, je vueil que frere Jehan Bulles soit coadjuteur de mon execucion, en tant qu'il touche le fait des Carmes, et si veulx qu'il ait pour sa peine et travail par les mains de mes executeurs x livres Parisis, pour avoir une robe.
  • Item, je soubzmet ma dicte execucion a la court de Parlement, ou ailleurs ou mes diz executeurs vouldront1.

Fait le xxv jour de septembre mil iiiic xviii.

[p. 364]

Item je appreuve et tien a bien fait ce qui est en mon autre testament, excepté ce qui est royé. Escript comme dessus.

Signé R. Maugier.
Collacio facta est cum originali reddito magistro Stephauo de Portis.


1 Nous supprimons deux paragraphes qui répètent mot pour mot les dispositions relatives à la fondation d'une messe dans l'eglise de Soissons, et au règlement des comptes des censiers de Louhans et Vaux-sur-Orge.