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MCCCXXVIII

Rémission octroyée à André Havet, poursuivi comme complice du meurtre d'un clerc du Palais de Poitiers, nommé Saunier, qui avait été frappé à mort dans le conflit de deux bandes de jeunes clercs et de gens de guerre de passage dans la ville, qui s'étaient réunis, à la tombée de la nuit, pour battre le pavé.

  • B AN JJ. 190, n° 17, fol. 9
  • a P. Guérin, Archives historiques du Poitou, 24, p.
D'après a.

Charles, par la grace de Dieu roy de France. Savoir faisons à tous, presens et avenir, nous avoir receue l'umble supplicacion de André Havet1 aaigé de vingt et cinq ans ou environ, contenant que, le lundi xxvme jour de fevrier derrenier passé, ainsi que ledit suppliant s'en aloit par la ville de Poictiers, trouva Colin Corgnou2 et Charlot [p. 214] Debutz, hommes d'armes, ausquelx il avoit grant congnoissance et amitié et se entrefirent grant chière ensemble. Et ce fait, ledit suppliant leur demanda où ilz aloient, et lesdiz Corgnou et Debutz respondirent : « Nous alons à la grant maison, si vous voulez venir avecques nous », et ledit suppliant leur respondit qu'il leur tiendroit voulentiers compaignie. Et allèrent ensemble aux estuves, et quant ilz furent dedans lesdites estuves, disdrent que, s'il n'y avoit de belles filles, qu'ilz ne se estuveroient point, et pour ce quil n'y en avoit nulles, s'en alèrent et en eulx en alant, virent Berthommée la Rousse, laquelle s'en alloit vers Saint Pierre, et lesquelx la poursuivirent jusques à l'eglise de Sainct Jehan Baptiste, et là parlèrent à elle ; et ledit suppliant la print par dessoubz le braz et lui dist : « Il fault que tu nous faces plaisir, et nous te paierons bien ». Laquelle lui respondit qu'elle estoit contente, mais qu'elle eust place. Et ledit suppliant lui dist et respondit qu'il la meneroit bien en ung lieu secret. Et ladicte Rousse respondit qu'elle le vouloit bien, mais qu'elle eust fait ung tour jusques chiés elle. Et ledit suppliant lui dist qu'elle y alast, mais qu'elle revint tantost ; et ladicte Rousse promist qu'elle ne leur fauldroit point et feroit tout leur plaisir. Et ledit suppliant lui dist que là où elle ne tiendroit sa promesse, que lui mesmes la iroit querir jusques au dedans. Laquelle Rousse n'y vint point, mais s'en entra chiés ung prebstre où il tenoit vin à vendre el taverne publicque. Et ledit suppliant et lesdiz Corgnou et Debutz entrèrent en [p. 215] ladicte maison et demandèrent du vin, ce qu'ilz eurent et le paièrent bien. Et après ce, Colin Corgnou lui dist : « Venez ça, ma belle fille, tenez nous ce que vous nous avez promis et nous vous donnerons de l'argent ». Laquelle Rousse lui fist responce : « Alez devant, je ne vous fauldray point ». Et ce fait, vint ung homme, nommé Hilairet Cosnac, audit suppliant et lui dist : « Et puis serez vous prest entornuyt, vous et Colas »; auquel lui qui parle dist : «  Saugé m'en a aujourduy parlé ; car il m'a dit que c'est pour avoir une belle fille ». Puis ledit Cosnac dist audit suppliant : « Or ne faillez pas de vous y rendre, car il y a gens qui me doivent dire de verité où est ladicte belle fille ». Et atant se departirent de ladite maison, et ledit suppliant et hommes d'armes s'en vindrent à l'Escu de France, et là ledit suppliant laissa lesdiz hommes d'armes et s'en ala à la place Nostre Dame ; auquel lieu ledit suppliant, à heure de vespres, trouvaung nommé Colas Godart, son compaignon, auquel il dist que Colin Corgnou et Chariot Debutz estoient en la ville. Et lors ledit Godart dist audit suppliant qu'ilz les alassent veoir, ce qu'ilz firent. Et alèrent à l'Escu de France et là trouvèrent Charlot Debutz seullement; lequel Charlot les convia à boire et beurent, et ledit Charlot dist ausdiz Godart et suppliant qu'ilz lui finassent de quelque belle fille, et que ilz estoient de la ville et devoient savoir du fait de la ville mieulx que lui. Auquel Charlot ledit Godart respondit : « Ne vous en soussiez, nous aurons quelque chose ». Et ce fait lesdiz Godart et suppliant se partirent, et en alant leur chemin vers Nostre Dame la Petite, trouvèrent ledit Hilairet Cosnac, lequel Cosnac dist audit suppliant que la Rousse, dont dessus est faicte mencion, avoit dit à son frère que les gens d'armes qui estoient alez ala taverne y estoient alez pour l'amour de sa seur et non pas pour l'amour d'elle, en disant : « De fïèvre cartaine soit espousée la ribaulde ; elle a fait blasmer sa seur sans cause ». Et de là [p. 216] lesdiz Godart et suppliant, avecques ledit Cosnac, s'en alèrent à la maison du lieutenant de nostre seneschal de Poictou3 veoir s'ilz trouveroient ledit Jehan Saugé, clerc dudit lieutenant, et en alant, ledit Cosnac appella à la maison de maistre Estienne Jamin4, pour savoir si Constantin [p. 217] estoit leans; lequel y estoit. Et ledit Cosnac parla à lui, en la presence desdiz Godart et suppliant, et lui dist : « Viendrastu entornuyt ? » Auquel ledit Constantin fist responce qu'il n'yroit point, pour ce qu'il n'osoit bouger de la maison. Et ledit Cosnac lui dist, en la presence dudit [p. 218] suppliant : « Tu y puis bien venir; car tu n'auras jà la fille ainsnée ». Puis emprès ledit Cosnac dist ausdiz Godart et suppliant qu'ilz alassent veoir s'ilz trouveroient Saugé, clerc dudit lieutenant, et que ce pendant il parleroit avecques Constantin ; lesquelx furent à la maison dudit lieutenant et là trouvèrent ledit Saugé, qui dist audit Godart : « Je te requier, ne faulx pas entornuyt ». Et aussi dist audit suppliant : « Et toy, viendras tu ? » Lequel suppliant lui fist responce que il ne savoit. Et ce fait, se departirent tous ensemble, et en venant vers Nostre Dame, trouvèrent lesdiz Cosnac et Constantin qui parloient ensemble, et tous se arrestèrent et parlèrent ensemble. Et dist ledit Godart ce qui s'ensuit : a Jehan Saugé, qui sera à l'armée? » et ledit Saugé lui respondit : « Les clers de la bauzoche et d'autres assez ». Emprès ce, ledit Saugé dist audit Godart: « Je me rendray à ta maison », et atant se departirent tous et alèrent soupper; et s'en ala ledit suppliant avec ledit Godart. Et après ce qu'ilz eurent souppé, ledit suppliant et Godart allèrent querir leur maistre qui souppoit avecques maistre Jehan Chevredans5, nostre procureur en ladicte [p. 219] seneschaucée, et en alant, trouvèrent ung nommé Longue Espée, nostre sergent, avecques autres armez et embatonnez ; lequel Longue Espée dist audit Godart : « Ne viendras tu pas? Va toy armer », et ledit Godart lui respondit : « Je yray tantost ». Et ce fait, alèrent querir leur dit maistre, comme dessus, lequel leur maistre s'en esloit jà allé à son hostellerie au Cheval blanc, et là lesdiz Godart et suppliant allèrent pour servir leurdit maistre à son couchier. Et quant leurdit maistre fut couchié, ledit Godart dist audit suppliant : « Il nous fault aler avecques Saugé. Prenez voz brigandines et vostre salade, et allons veoir si nous le trouverons ». Et s'en allèrent lesdiz Godart et suppliant seulx vers la place Nostre Dame, et illec trouvèrent Colin Corgnou, Chariot Debutz et Jehan Desmier6 hommes d'armes de nostre ordonnance, qui jouoyent à ung oublieur soubz ung aulvent ; lesquelx demandèrent ausdiz Godart et suppliant où ilz alloient, et ilz leur disdrent : « Nous voulons aler querir une belle fille avecques les clers du Palais ». Lors lesdiz Corgnou, Debutz et Desmier dysdrent : « Nous yrons avecques vous ». Ausquelx lesdiz Godart et suppliant disdrent : « N'y venez pas, si vous n'avez habillement; car vous pourriez estre bleciez ». Lesquelx Corgnou, Desmier et Debutz leur disdrent : « Il faut que vous nous en baillez », et ledit suppliant et ledit Godart leur disdrent qu'ilz n'en avoient point, mais que Guillaume Pye en avoit bien, si leur en vouloit bailler. [p. 220] Lors tous ensemble allèrent à l'ostel dudit Pye et trouvèrent ledit Pye à la porte de son hostel ; auquel ilz disdrent, et mesmement lesdiz Corgnou, Desmier et Debutz : « Cappitaine, il fault que vous nous baillez de vostre harnois ; nous voulons aler querir une belle fille; et si les escoliers nous trouvoient sans habillement, ilz nous pourroient bien batre » ; ce que ledit Pié leur reffusoit, en leur remonstrant que c'estoit grant folie; et neantmoins montèrent en la chambre dudit Pye et prindrent du harnoys pour lesdiz Corgnou, Desmier et Debutz, et leursdiz deux varletz chacun une salade et ungs ganteletz. Et ce fait, partirent tous ensemble de l'ostel dudit Pié et s'en alèrent passer devant la maison dudit lieutenant, cuidant trouver ledit Saugé, et passèrent oultre jusques au pilory et là ledit Godart ala parler à ung nommé Guillaume Michau7 affin qu'il lui prestast ung baston ; lequel Guillaume Michau lui presta une hache, et ce fait, tous ensemble s'en allèrent jusques au Marchié viel et d'ilec à Saint Hilaire de la Selle, et de là aux Jardrins, auquel lieu ladicte Rousse, dont est faicte mencion, faisoit sa résidence. Et frappa ledit Godart deux ou trois cops du pié à l'uys, tellement que le mist au dedans dudit hostel. Et lesdiz Corgnou, Desmier et Debutz et lesdiz varlez entrèrent en icelui hostel et transmirent le mary de ladicte Rousse dehors; et croit ledit suppliant que cependant ilz firent ce que bon leursembla de ladicte Rousse, et lui ne toucha oncques autrement à ladicte Rousse ; et atant s'en partirent sans autre bruyt. Et d'illec les dessusdiz tous ensemble s'en vindrent [p. 221] jusques à Saint Pierre et se rendirent devant la maison dudit maistre Jehan Chevredans, et quant ilz furent là tous assemblés, ledit Godart passa oultre toute la compaignie, et dist : « J'ay oy gens, laissés moy aler, car si se sont les clers du Palais, nous ne leur demanderons riens », et ledit Godart se sault le premier. Et quant ilz furent au coing de Sernouze le chappellier, ilz rencontrèrent certaines gens armez et embastonnez, entre lesquelx ledit Godart entendit ung nommé Archilaïs Jacques et ung nommé Mignot, lesquelz se preparèrent de leur courir sus ; et en ce faisant ledit Godart entendi lesdiz Archilaïs et Mignot, et ledit Godart dist : « Estes vous là, Archilaïs ? » Auquel ledit Archilaïs respondit « oy », et lors ledit Godart dist : « Tout ung », et lesdiz Mignot et Archilaïs demandèrent audit suppliant et à ses compaignons : « Dont venez vous, messeigneurs ? » Ausquelz ledit Godart fist responce : « Nous venons devers Saint Pierre et de ses quartiers abas (sic) où nous n'avons riens trouvé » ; et ledit Mignot dist : « Ne nous aussi ». Et lesdiz Archilaïs et Mignot leur demandèrent : « Avez vous point trouvé quatre de noz compaignons? » Ausquelz ledit Godart fist responce que non, et atant se despartirent et disdrent adieu, d'un cousté et d'autre ; et lui qui parle et lesdiz hommes d'armes s'en alèrent jusques davant l'ostel de l'Ymaige Nostre Dame ou environ, sauf ledit Godart qui demoura devant l'ostel du pintier. Et oyt ledit suppliant ung bruyt que ceulx qu'ilz avoient laissez, c'est assavoir lesdiz Mignot et Archilaïs et leur compaignie disdrent ; « Voiez cy gens ! » Et lors ledit Godart tout seul tourna avecques eulx tout court, et entrèrent lesdiz Mignot, Archilaïs et Godart et autres leurs compaignons jusques au nombre de vii. ou viii. en la vanelle qui va de la maison dudit Sernouze à la maison de Janailhac8, criant à haulte voix : « Tuez, [p. 222] tuez ! » et subitement ledit suppliant avecques lesdiz hommes d'armes s'en allèrent après les autres et oyrent qu'ilz frappoient les ungs sur les autres ; et incontinant qu'ilz furent auprès d'eulx, il vit que tout fuyoit vers la maison dudit Janailhac, et que ilz trouvèrent en ladicte vanelle ung de leur compaignie qui leur dist qu'il en y avoit ung fort blecié. Et ledit suppliant lui demanda qui c'estoit, auquel il respondit que c'estoit le roy de la basoche. Et lors allèrent ledit suppliant et lesdiz hommes d'armes après jusques à la maison de maistre Nicole Servant en ladicte vanelle, et là ouyt ledit suppliant que il en y avoit ung qui crioit à haulte voix : « Je pers tout le sang », et oy comment aucuns disdrent : « Helas! que ne parliez vous ? » Et atant ledit suppliant et lesdiz hommes d'armes et Godart s'en retournèrent jusques à l'Ymaige Nostre Dame, là où ilz oyrent un jeune compaignon qui venoit emprès eulx. Auquel ledit Godard demanda : « Es tu là, enquesteur, qui est ce qui est blecié ! » Et ledit compaignon lui respondit : « C'est Saunier qui est blecié » ; et ledit Godart lui demanda : « Qui l'a blecié ? » et il lui respondit : « Ses compaignons mesmes ». Et atant ledit suppliant et lesdiz hommes d'armes s'en allèrent d'un cousté, eulx desarmez, et ledit Godart, d'autre. Et deux heures après ou environ, ledit Saunier, par la grant effusion de sang qu'il vuida, mauvais gouvernement ou autrement, ala de vie à trespas. A l'occasion duquel cas, ledit suppliant, doubtant rigueur de justice, s'est mis en franchise, dont il n'oseroit yssir, se noz grace et misericorde ne lui estoient sur ce imparties ; humblement requerant que, attendu ce que dit est, et que ledit suppliant n'avoit aucune hayne ou malveillance audit Saunier, [p. 223] et fut desplaisant, quant il sceut ledit Saulnier avoir ainsi esté tué et mutilé, que ledit cas est arrivé par fortune et en absence dudit suppliant qui estoit demouré derrière, que ledit suppliant est bien famé et renommé ou païs, etc., nous lui vueillons impartir nosdictes grace et misericorde. Pourquoy nous, les choses dessus dictes considerées, vou lans grace et misericorde preferer à rigueur de justice, audit André Havet, suppliant, ou cas dessus dit, avons quicté, remis et pardonné, etc. Si donnons en mandement, par ces presentes, à nostre seneschal de Poictou et à tous noz autres justiciers, etc. Donné à Chinon, ou moys de mars l'an de grace mil cccc. cinquante neuf, et de nostre règne le xxxviiime.

Ainsi signé : Par le roy, à la relacion du conseil. A. Rolant. — Visa. Contentor.


1 Ce n'était pas la première fois qu'André Havet avait maille à partir avec la justice et ce ne devait pas être la dernière. Déjà quatre ans plus tôt il avait pris part avec Michel et Maurice Claveurier, André et Jean de Conzay et plusieurs autres, à l'escalade de l'hôtel de Pierre de Morry ou Mourry, chanoine et sous-doyen du chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers. Ils y avaient pénétré de nuit, l'avaient dévalisé et maltraité les gens du sous-doyen. Les registres criminels du Parlement contiennent en cinq endroits des renseignements sur cette affaire, entre le 15 novembre 1456 et le 5 décembre 1458. (Voy. notre précédent volume, p. 131 note.) Le 20 décembre 1463 et le 5 janvier 1464, on le retrouve devant la cour, ayant à répondre d'actes de pillage commis à Vouillé. Les chanoines de Sainte-Radegonde, comme seigneurs du lieu, avaient porté plainte d'abord devant le sénéchal de Poitou et devant Aymar Mouraut, conservateur des privilèges de l'Université de Poitiers. André Havet était encore cette fois en bonne compagnie ; ses co-accusés étaient Pierre de Frozes, chevalier, Bertrand de Marconnay, Michel Babaud, Simon Claveurier, Mahuet le francarcher, Mathurin et Pierre de Marconnay, Pierre de Ry, Jean Malemouche, Pierre Buffeteau, Simon de Marconnay, Jacques Gouffier, Guillaume de Cherves et Alexandre Babaud. Le chapitre de Sainte-Radegonde n'ayant pu obtenir des premiers juges une réparation suffisante de cet attentat et des dommages subis, se porta appelant au Parlement de leur sentence. On ne trouve sur les registres de la cour qu'un mandement d'enquête et deux arrêts de procédure relatifs à ce procès. (Arch. nat., X2a 30, fol. 357 ; X2a32, aux dates des 20 décembre 1463 et 5 janvier 1464.)

2 En cet endroit et plus loin, ce nom paraît écrit plutôt « Coignon ». Nous croyons qu'il faut lire de préférence Corgnou, dont le nom se trouve aussi sous la forme Corgnol. Ce personnage doit être identifié, semble-t-il, avec Colin Corgnol, écùyer, seigneur de Châtillon-sur-Dive, époux de Marie de Massougne, le plus jeune enfant de Louis

Corgnol, écuyer, seigneur de Tessé, Miserit, Châtillon et autres lieux, et de Marguerite Janvre, ceux-ci mariés vers 1430. (Voy. Beauchet-Filleau, Dict. des familles du Poitou, 2° édit , t. Il, p. 624.) Colin était décédé avant le 12 août 1479, date d'un appointement donné en Parlement au profit de sa veuve et de ses deux enfants, Aubert et François Corgnou, mineurs, placés sous le gouvernement de Louis Corgnou, leur grand-père sans doute, contre Eustache Chaslon, Guyon François et Vincent Espaillart. (Arch. nat., X2a 43, à la date.) Il a été question de Louis Corgnou ou Corgnol, sr de Miserit et du Breuild'Aigonnay, dans notre précédent vol., p. 391, note.

3 Le lieutenant général du sénéchal de Poitou était alors Hugues de Conzay, auquel nous consacrons une notice quelques pages plus loin, no MCCCXLII.

4 Etienne Jamin appartenait à une famille notable de la haute bourgeoisie et était membre du conseil des cent et greffier des assises de Poitou. Sa fille Louise était filleule de Louis XI, comme on l'apprend par une lettre même de ce roi, datée de Nogent-le-Roi, le 44 mai 1464, et adressée aux maire, échevins et bourgeois de Poitiers : « Chers et bien amez, nous avons sceu que nostre cher et bien amé maistre Estienne Jamin, nostre greffier des assises de Poictou et l'un des cent de nostre ville de Poictiers, est content et veult en faveur du mariage que naguères avons faict de nostre amé et feal notaire et secretaire, maistre Jehan de Moulins et de Loyse Jamine, nostre fillolle, resigner son lieu dudit nombre des cent de nostre dicte ville audit maistre Jehan de Moulins. Et pour ce que nostre entencion est que ledit de Moulins face doresnavant sa principale résidence en nostre dicte ville, et que voulons qu'il soit audit nombre des cent, nous envoions presentement par devers vous nostre amé et feal notaire et secretaire maistre Loys Jure, pour sur ce vous dire plus à plein nostre vouloir et entencion... Voulons que en la présence dudit Jure, vous receviez ledit maistre Jehan de Moulins ou lieu dudit maistre Estienne Jamin, oudit nombre des cent et que par lui nous escripvez ce que faict en aurez... » Louis XI étant à Amiens écrivit de nouveau aux maire et échevins de Poitiers, le 12 juin 1464, pour les remercier de lui avoir obéi en faisant entrer Jean de Moulins au conseil de la ville et leur ordonner, maintenant qu'il était éligible, de le choisir pour maire à la prochaine élection, sans prétexter, pour ne pas le nommer, qu'il n'avait pas prêté encore le serment auquel il était tenu, et en tout cas de l'admettre au serment par procureur. Le sénéchal de Poitou, Louis de Crussol, porteur de cette lettre, était chargé de leur expliquer les raisons de cette détermination. (Arch. hist. du Poitou, t. I, p. 149, 150 ; Vaësen, Lettres de Louis XI, t. II, p. 181 et 188.) Il fut fait encore une fois selon la volonté du roi. Jean de Moulins, que l'on trouve qualifié d'écuyer, seigneur de Rochefort en la châtellenie de Mirebeau, du Breuil, de Seuilly, etc., fut élu maire pour l'année suivante et, après sa mairie, il fit partie du corps des vingt-cinq échevins. En qualité de notaire et secrétaire du roi, on lit sa signature au bas de beaucoup de lettres expédiées en la grande chancellerie ; on trouve son nom, comme tel, au bas de plusieurs actes publiés dans le présent volume ou qui seront imprimés dans le suivant. Louis XI, en outre, donna à Jean de Moulins, le 10 mars 1469 n. s., une maison avec ses dépendances, qu'il avait acquise et meublée dans ce but, et dont la garde lui avait été conférée antérieurement ; car dans un compte de 1465, il figure avec le titre de concierge de l'hôtel du roi à Poitiers. Par lettres de même date, Jean de Moulins fut gratifié d'une pension annuelle de 200 livres surie domaine de Poitou, et le 27 juin 1472. il fut nommé greffier du Grand Conseil. Il fut aussi avocat du roi en la sénéchaussée de Poitou. Son château de Rochefort, qu'il avait acquis, en 1464 ou 1465, de Guillaume Gouffier, seigneur de Bonnivet (E. de Fouchier, La baronnie de Mirebeau, p. 231), ayant été brûlé, il le fit rebâtiret, le 10 mars 1475 n. s., le duc d'Anjou lui permit de le fortifier. M. Beauchet-Filleau fournit beaucoup d'autres renseignements sur ce personnage (Dict. des familles du Poitou, 1er édit., t. II, p. 422). L'une de ses filles, Radegonde de Moulins, épousa, par contrat du 12 mars 1490 n. s., Yves Boylesve, sr de la Brosse, licencié en droit, fils de feu Nicolas Boylesve et de Marie de Janaillac. La dot était de 1000 écus d'or à la couronne, dont 600 pour meubles et 400 pour héritages, et 60 livres de rente pour douaire. Jean de Moulins s'engageait à donner à son gendre son office d'avocat du roi en Poitou, à vêtir sa fille bien et convenablement et à faire les frais de la noce. (A. Richard, Arch. du château de la Barre, 1.1, p. 6.) Jean de Moulins et Louise Jamin étaient décédés avant le 26 décembre 1500. Leurs enfants survivants étaient : Jean qui succéda à son père ; François, qui devint grand aumônier de France sous François Ier ; Charles, seigneur de Seuilly ; Radegonde, nommée ci-dessus, et Louise, femme de Jamet Gervais, sr de Verneuil. Voir aussi trois documents, des 31 juillet 1473, 24 mai 1485 et 1er juillet 1492, relatifs à la dîme de Thurageau acquise par Jean de Moulins. (Arch. de la ville de Poitiers, F. 89, et Invent. H XXXIX, p. 135; H XL, p. 135.)

Les renseignements sur Etienne Jamin sont beaucoup plus rares que pour son gendre. On ignore le nom de sa femme, mère de la filleule de Louis XI. Outre Louise, il eut certainement un fils (sinon plusieurs) qui laissa postérité. «Le XIIe de juin mil quatre cens soixante trèze, fut enterrée en l'église Saincte Opportune Mme de Périgné, vefve de feu Mr Jamin, qui a fondé le festiage de la Magdelaine, ainsy qu'il est porté par son testament (reg. 237). » (Arch. hist. du Poitou, t. XV, p. 339.) Cet extrait, sans qu'on puisse l'affirmer, paraît se rapporter à la femme d'Etienne. La seigneurie de Périgné (aliàs Parigné), qu'elle ait appartenu en propre à cette dame ou à son mari, resta dans la famille Jamin. Car on retrouve longtemps après une Françoise Porcheron, veuve de feu maître Jean Jamin (fils ou petit-fils d'Etienne), demeurant à Poitiers, paroisse Saint-Paul, qui se qualifiait aussi « dame de Parigné ». Cette dame fit son testament le 15 juin 1530, par lequel elle déclare sa volonté d'être enterrée en l'église Saintpaul, près de son mari. Elle y fondé et dote deux chapelles, plus une autre à la Chasteigneraye, pour dotation de laquelle elle donne la moitié de sa métairie de la « Corbenerie », qu'elle avait acquise étant mariée à Jean Joncel, son premier époux. Elle lègue la maison où elle demeurait, paroisse Saint-Paul, à son neveu François Porcheron,et d'autres biens aux enfants de Jeanne Porcheron, femme de Pierre Joly, et aux enfants de Pierre Mayaud et de sa feue sœur, femme dudit Pierre, de Chauvigny. Il n'y est point question d'enfants de son second mariage. (Bibl. nat., ms. fr. 28051, pièces orig. n° 1567, pièce 1.) Parigné ou Périgné doit être identifié avec le Grand-Parigny à Champigny-le-Sec, dont les seigneurs étaient, selon M. E. de Fouchier, Jeanne de la Touraine, veuve de Pierre de Bonnemain, en 1440, Jean Jamin en 1508, Etienne Jamin en 1534. (La baronnie de Mirebeau du XIe au XVIIe siècle, p. 135.) D'autre part, on trouve que Jean de Bonnemain rendit aveu au château de Mirebeau de l'herbergement et forteresse du Grand-Parigny, en 1462. (Dict. des familles du Poitou, 2e édit., t. I, p. 619.) Faut-il en conclure qu'une fille de ce Jean de Bonnemain, héritière de Parigny, aurait épousé un Jamin ? Citons encore un Hugues Jamin, qui est mentionné dans un acte du 20 mai 1505, comme exerçant alors l'office de receveur du roi en Poitou. (A. Richard, Arch. du château de la Barre, t. I, p. 18.)

5 Jean Chevredent, d'abord procureur au Parlement à Poitiers, puis procureur du roi en la sénéchaussée de Poitou, maire de Poitiers en 1453-1454, a été mentionné à diverses reprises dans nos deux précédents volumes, où l'on trouve les quelques renseignements que nous avons recueillis sur ce personnage, en dehors de ceux que la nouv. édit, du Dict. des familles du Poitou a fournis, d'après les archives de la ville de Poitiers, en deux articles qui paraissent devoir être réunis en un seul. On n'y trouve point d'ailleurs sa généalogie. Il sera de nouveau question du procès que lui intenta Etienne Boynet (voy. notre t. IX, p. 272, note), ainsi qu'à Hugues de Conzay, dans une note relative à ce dernier (ci-dessous, n° MCCCXLII).
6 Cet autre homme d'armes de d'ordonnance pourrait fort bien être, d'après les données chronologiques, Jean Desmier, dit Gargouille, second fils de Jean, écuyer, seigneur du Breuil de Blanzac, et de Marguerite de Xandrieux, qui devait avoir vingt ans, à la date de ces lettres, et épousa plus tard Marguerite Goumard, veuve de Guillaume de Savigné. (Id. ibid., t. III, p. 96.) Un nommé Jean Hugon ayant été assassiné, sa veuve, Philippe Dutillet, et Guillaume Hugon, son fils, poursivirent Jean Desmier comme l'instigateur du meurtre. Ayant été constitué prisonnier, il s'était évadé des mains du sergent. Alors il fut ajourné avec les autres coupables devant le sénéchal de Poitou, le 14 juin 1474. Mis en défaut, il releva appel au Parlement, qui prescrivit une nouvelle enquête, par mandement du 2 juin 1475 (Arch. nat., X2a 40, fol. 240) ; mais on ne trouve aucun autre renseignement sur cette affaire.
7 On trouve aux archives de la ville de Poitiers un mandement de Pierre Prévost maire, Clément Dousseau et Henri Blandin, échevins, commis à la distribution des deniers de la ville, à Jean Boylesve, receveur desdits deniers, de payer à Guillaume Micheau, marchand, la somme de 95 livres 5 sous pour les draps par lui fournis pour les livrées du procureur de la ville, du receveur, du greffier, du visiteur des œuvres, des quatre sergents, du clerc du maire, du maître des œuvres, du concierge de la maison de ville, du rompette, du messager et du paveur, mandement daté du 6 mai 1455. (Arch. comm., J. 1212-1213.)

8 Jean Janailhac, Janoilhacou Genoilhac, riche marchand de Poitiers, avait été victime, en 1451, d'un vol dont il est question dans notre précédent volume (p. 204). Voy. aussi p. 318, où est mentionné l'hôtel de Janoilhac à Poitiers. Un Léonard de Janoilhac était marié à Liette de Conzay (acte du 13 avril 1473 ; Arch. nat., X2a 40, fol. 58); et celle-ci était sa veuve le 29 août 1500 (Arch. de la ville de Poitiers, D. 25).