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CCCCLXXVIII

Don à Pierre Sevin, châtelain de Tours, des biens que possédaient en Anjou et en Touraine le sire de Bressuire, Guillaume du Plessis et Pierre Aymar, partisans des Anglais.

  • B AN JJ. 100, n° 144, fol. 45
  • a P. Guérin, Archives historiques du Poitou, 19, p. 10-12
D'après a.

Charles, etc. Savoir faisons à tous, presens et avenir, que nous, considerans les bons, loyaulx, agreables et profitables services que nostre amé Pierre Sevin1, chastellain et garde de nostre chastel de Tours et huissier d'armes de nostre très cher et très amé frere le duc d'Anjou, conte du Maine, a fait par longtemps ès guerres à noz predecesseurs et à nous, et fait chascun jour en la garde, reparacion, fortification et visitacion de nostre dit chastel, et suivant les armez en la frontiere de Guienne, et que encores esperons qu'il face ou temps avenir, voulans pour ce le dit Pierre en aucune maniere remunerer et recompenser des diz services, afin que il s'efforce de tout son pooir à nous tousjours servir de bien en mielx, et que les autres soient plus encoragiez à nous servir et y prengnent bon exemple du dit Pierre, pour lui, ses hoirs et successeurs, ou qui de lui auront cause, de nostre science certaine, pleniere puissance et auctorité royaulx et de grace especial, avons donné et octroyé, et par ces presentes donnons et octroyons toutes les terres, rentes, possessions, maisons, cenz, jurisdicions et demeines, avecques leurs appartenances et [p. 11] appendances, que souloit tenir dedens le pais d'Anjou et de Touraine le sire de Brecuere2, poitevin, c'est assavoir Maran en la chastellenie de Tours, et autres terres qu'il souloit tenir ès paroisses de Souzay et de Chasteaux en Anjou, et ès lieux voisins, qui à présent ne sont bailliées que à l. livres de ferme ou environ, et anciennement souloient bien valoir iiie livres par an ; item, un lieu appellé la Valiniere, avec toutes ses appartenances, seant près de la Haye en Touraine, de la valeur de x. livres de rente ou environ, qui fu Guillaume du Plesseyz3, demourant en Guyenne ; item, une gagnerie à ii. buefs seant près du dit lieu de la Haye en Touraine, qui fu Pierre Aymar4, capitaine du fort d'Angle, estant ou dit duchié, et à nous rebelles et contraires. Lesquelles choses sont à nous avenuez, acquises et confisquées, pour la fourfaiture des diz sire de Brecuere, Guillaume et Pierre Aymar, et de chascun d'eulx, pour ce qu'il tiennent, en commettant contre nous le crime de lese majesté, et ont tenu le parti de Edouart d'Engleterre et de Edouart, son filz ainsné, noz adversaires et ennemis, et que pour leur partie se sont et chascun d'eulz armez contre nous et nostre royaume, et sont leurs subgez et [p. 12] obeissans ; à tenir, avoir, joir, user et possider toutes les choses dessus dites et chascune d'icelles par le dit Pierre Sevin, ses hoirs et successeurs, ou qui de lui auront cause, à touz jours mais perpetuelment, comme leur propre chose, aux charges, rentes ou redevances qu'elles doivent, et tout en la forme et maniere que les dessus diz noz rebelles et desobeissans les tenoient, avant la dite rebellion et desobeissance. Si donnons en mandement, par ces mesmes lettres, aux seneschaux de Touraine, d'Anjou et du Maine, et à tous les autres justiciers et officiers de nous et de nostre royaume, qui ores sont et pour le temps avenir seront, ou à leur liex tenans, et à chascun d'eulx, si comme à lui appartendra, que le dit Pierre Sevin, pour lui, ses hoirs et successeurs, ou qui de lui auront cause, facent, sueffrent et laissent realment et de fait joir et user paisiblement et perpetuelment à tousjours de toutes les choses dessus dictes et de chascune d'icelles, comme de leur propre chose, et à ce le facent recevoir par les seigneurs à qui il appartendra, en foy, hommage et subjection deue, pour cause des dictes choses ou chascune d'icelles ; et ou cas que hommage nous en seroit deu, le reçoivent à la fealté et le renvoyent dedens quatre mois par devers nous, pour nous en faire la foy et hommage, sanz contredit et empeschement aucun. Toutesvoyez n'est mie [nostre entente] que, se par traictié de paix ou accort, ou par obeissance, ou par quelconque autre voye ou maniere que ce fust, les dessus diz sire de Breçuere, Guillaume et Pierre revenoient aux terres et choses dessus dictes, que pour ce nous soions tenus de faire au dit Pierre Sevin restitucion ne recompensacion aucune. Et que ce soit ferme, etc. Sauf, etc. Ce fu fait et donné à Paris, en nostre hostel lès Saint-Pol, ou mois et derrenier jour de novembre l'an de grace mil ccc soixante neuf, et de nostre regne le vime.

Par le roy en ses Requestes. J. Douhem. Visa. L. de Faya.


1 Pierre Sevin figure encore en cette qualité dans un acte du 9 février 1370 n. s., publié ci-dessous. Pierre Trousseau, seigneur de Châteaux, fut retenu comme capitaine de Tours avec six hommes d'armes, par acte du 12 février 1370 n. s. La municipalité de Tours ne paya les services de ce dernier que pendant deux ans. On ignore si dans la suite il continua, au nom et aux frais du roi, son office de capitaine. Toujours est-il qu'en janvier 1378, on le retrouve en possession de la même charge, qu'il remplit dès lors sans interruption jusqu'au 14 juillet 1392, et qu'il céda alors à Jean II le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France. (Delaville Le Roulx, Comptes municipaux de la ville de Tours, t. II, p. 342, 347.)
2 Louis de Beaumont, seigneur de Bressuire, fils de Jean II, lui succéda en 1361, sous la tutelle de sa mère, Isabelle de Maillé, et vécut jusqu'en 1387 ou 1388. On trouve le nom de Jean de Beaumont le père, au 17 avril 1354, dans les registres du Parlement (procédure entre lui et sa femme, d'une part, la dame de Maillé et ses enfants, d'autre ; X1a 15, fol. 200). Louis de Beaumont, seigneur de Bressuire, eut aussi un procès devant cette cour contre Guy d'Argenton, Robert Eschallart, Hugues d'Izé, Guillaume Boutin et Amaury de la Pastilière, appelants d'une sentence du bailli des Exemptions. La cour les autorisa, le 12 février 1378, à comparaître par procureurs (X2a 9, fol. 109 v°). Voy. pour plus de détails sur Louis de Beaumont-Bressuire, la savante Histoire de Bressuire de M. B. Ledain, in-8°, 1866, p. 276 et s.
3 Guillaume III du Plessis, seigneur de Breux, de la Vervolière, de la Valinière et de la Carrelière. Ses biens confisqués avaient été donnés en partie déjà à Jean de Besdon et à Jean, comte de Sancerre, par lettres d'août et d'octobre 1369 (vol. précédent, p. 391 et note, 420).
4 Sur ce personnage, voy. id. ibid. p. 421 et note. Il était capitaine d'Angle, pour les Anglais.