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DXCIX

Don à Jean La Personne, vicomte d’Aunay, des biens ayant appartenu au Soudan de Latrau, chevalier rebelle, et spécialement du château et de la châtellenie de Didonne.

  • B AN JJ. 109, n° 280, fol. 129 v°
  • a P. Guérin, Archives historiques du Poitou, 19, p. 417-421
D'après a.

Charles, etc. Savoir faisons à touz, presens et avenir, que, comme nous avons entendu que le Soudit de Lastraut1, chevalier, s’est rendu publiquement et notoirement ennemi de nous et de nostre royaume, en adherant et donnant confort et aide de tout son povoir à nostre ennemi d’Angleterre, en courant par nostre royaume, pillant et mettant à mort de tout son povoir les subgez d’icellui, en commettant crime de lese majesté, pour quoy touz ses biens nous sont avenuz, appartiennent et doivent appartenir comme commis et confisquez par sa forfaiture. [p. 418] Nous, consideranz les bons et agreables services que nostre amé et feal chevalier, Jehan La Personne, viconte d’Aunoy2nous a faiz en noz guerres et en pluseurs autres et [p. 419] diverses manieres, et recompensacion des grans pertes et dommaiges qu’il a euz pour le fait de noz guerres, au dit Jehan avons donné et donnons par ces presentes, de nostre certaine science et grace especial, le chastel, chastellerie et ressort de Didonne, avecques les terres, prez, bois, [p. 420] vignes, cens, rentes, revenues, foys, hommages, justices, jurisdicions et seignories que le dit Soudit a et tient, ou souloit avoir et tenir, en nostre seneschauciée et païs de Xantonge, et autres heritages quelconques, que ycellui Soudit a et souloit avoir, quelque part que ce soit, en ycelle seneschauciée de Xantonge, soubz quelque valeur et estimation que ilz soient, à tenir, avoir, joir et possider heritaulment et perpetuelment par le dit viconte, ses hoirs et successeurs et ceulx qui de lui auront cause. Si donnons en mandement à nos amez et feaulx genz de noz comptes à Paris, et à touz noz autres justiciers, officiers et subgez, presens et avenir, et à chascun d’eulx, si comme à lui appartendra ou pourra appartenir, ou à leurs lieuxtenans, que le dit viconte ou son procureur pour lui, lessent et seuffrent joir et user paisiblement et plainnement de nostre dit don, et l’en mettent et facent tenir royaument et de fait en saisine et possession des diz biens, à nous appartenans, comme dit est. Et des proffiz, revenues, jurisdicions et autres emolumens, à ycellui chastel et chastellerie appartenans, le lessent et seuffrent paisiblement jouir, et à lui et à ses hoirs respondre, par ceulx à qui il appartendra doresenavant. Et aussi mandons à touz ceulx qui, à cause des diz heritaiges, doivent et ont acoustumé paier cens, rentes et devoirs, que au dit viconte et à ses hoirs les paient chascun an doresenavant, aux termes qu’il avoient acoustumé paier au dessuz dit Soudit, et à ycelui viconte, comme à seigneur, obeissent deuement. Nostre entencion toutes voies n’est pas que, ou cas que le dit Soudit, ou temps avenir, à nostre obeissance retournerait, pour quoy, ou pour traictié de paix fait ou à faire entre nous et nostre adversaire dessuz dit, ou pour autres causes, nous les diz biens donnez au dit viconte rendissions ou feissions rendre au dit Soudit ou à ses hoirs, nous feussions tenu, de faire au dit viconte aucune remuneracion ou recompensacion. Et pour ce que ce soit [p. 421] ferme chose et estable à tousjours mès, nous avons fait mettre nostre seel à ces presentes. Sauf en autres choses nostre droit et l’autrui en toutes. Donné à Gouvieux, le xvie jour de septembre l’an de grace m. ccc. lxxvi, et le xiiie de nostre regne.

Par le roy. L. Blanchet.


1 Nous avons vu dans le précédent volume, p. 199 note, que les biens confisqués du Soudan ou Soudit de Latrau, sire de Didonne, dans les châtellenies de Royan et de Saujon, avaient été donnés, par lettres du 18 juillet 1347, à Foulque de Matha, et que celui-ci s’étant emparé lui-même et à ses frais de Didonne, le roi lui en abandonna la seigneurie, le 6 octobre 1350. Ce personnage était un chevalier bordelais (cf. Latrau ou Latrave, commune d’Uzeste, Gironde), qui rendit de grands services au prince de Galles. Froissart l’appelle un « vaillant chevalier et bons homme d’armes durement », et Cabaret d’Orville « un des vaillans chevaliers du monde ». Il fut capitaine de Montauban pour les Anglais, suivit le Prince Noir au siège de Limoges et contribua à la prise de Montpont. (Froissart, édit. Kervyn de Lettenhove, t. VII, p. 301, 363, 366 ; VIII, 31, 71.) Le prince de Galles lui fit don de la seigneurie de Talmont-sur-Gironde, le 10 février 1370, et Edouard III lui céda Montendre par lettres datées de Westminster, le 11 avril 1377. Ces deux donations lui furent confirmées le 10 juillet 1380. Le 18 mai de l’année suivante, le roi d’Angleterre lui abandonna en outre des terres et tenements situés à Bordeaux et dans la banlieue, et créa en sa faveur un marché et des foires dans l’une de ses seigneuries, en juillet 1384. (Th. Carte, Catalogue des rôles gascons, in-fol., t. I, p. 163, 167, 168, 173.) Le Soudan de Latrau accompagna le duc de Bourbon dans l’expédition qu’il entreprit en 1390 dans les Etats barbaresques, et trouva la mort au siège d’Afrique, ville que l’on croit être Méhédia en Tunisie. (Froissart, édit. Kervyn, t. XIV, p. 225 ; Cabaret d’Orville Chronique du bon duc Loys de Bourbon, édit. Chazaud, p. 222, 257.
2 Il a été question déjà de Jean La Personne, qui devint vicomte d’Aunay par son mariage avec Marguerite de Mortagne, fille unique de Pons de Mortagne, vicomte d’Aunay, veuve en premières noces de Jean de Clermont, maréchal de France (vol. précédent, p. 192 note, 286 note, 357). On a vu aussi que Jean La Personne étant sénéchal de Poitou, en 1372, avait obtenu en don du roi Charles V des biens confisqués sur Gautier Spridlington, chevalier anglais, et sa femme, Colette, veuve en premières noces de Philippon le Boulenger, biens situés en Poitou et en Saintonge (voy. ci-dessus, p. 141 note du présent volume). Ainsi le vicomte d’Aunay exerça l’office de sénéchal de Poitou pour le roi de France, c’est un fait acquis ; mais on ne sait à quelle date il fut investi de ces fonctions. On ne cite aucun autre sénéchal depuis le rétablissement de cette charge par Charles V. Or ce prince ne paraît pas avoir attendu que le pays fût retourné à son obéissance pour nommer un sénéchal, et l’office semble avoir été rétabli avant le 5 mai 1370 ; une déclaration du roi, donnée à cette date et portant que Jean, duc de Berry, lui a fait les foi et hommage pour son comté de Poitou, est adressée aux sénéchaux de Poitou, de Touraine, d’Anjou et du Maine. (Arch.nat., J. 185B, n° 29). D’autres actes de l’année 1370 mentionnent le sénéchal de Poitou seul. Voy.entre autres, des lettres en faveur de Gérard de Téoulct, dit le Borgne, de Limousin, du 7 décembre 1370 (JJ. 102, musée des Archives, n° 391, fol. 16, n° 35), et les pièces publiées dans ce volume, aux dates du 2 mars, d’août et de mai 1370, etc.
Guy de Luxembourg, comte de Ligny et de Saint-Pol, lieutenant du roi ès parties de Picardie, outre la rivière de Somme, fit don, le 27 novembre 1369, à Jean La Personne, vicomte d’Aunay, d’une dîme et de biens sis dans le comté de Boulogne, confisqués sur Frémin de French qui servait les Anglais en Guyenne, en récompense des pertes et des dépens que la guerre lui faisait subir, et Charles V confirma cette donation par lettres du 6 février 1370 n. s. (JJ. 100, n° 424 fol. 131 v°). Dans ces actes, le vicomte d’Aunay n’est point qualifié sénéchal. Il n’en prend point le titre non plus dans un document, plus probant encore, daté de Tours, le 7 septembre 1371. C’est une quittance de gages, « desservis et à desservir » par Jean La Personne, vicomte d’Aunay, deux chevaliers et dix écuyers de sa compagnie, servant sous le maréchal Louis de Sancerre « ès parties de Berry, Poitou et Limousin. » (Bibl. nat., Cabinet des titres, dossier La Personne, n° 7.) Dans une note consacrée à son successeur, Alain de Beaumont, il a été constaté que celui-ci fut nommé entre le 4 juillet et le 26 octobre 1373 (ci-dessus, p. 298 note) ; il est donc probable que Jean La Personne exerçait encore la charge de sénéchal de Poitou en juillet 1373. D’ailleurs, sur un compte de Jean Le Mercier, trésorier des guerres, du 1er janvier 1373 n. s. au 1er janvier 1374 n. s, parmi les gens d’armes qui ont servi, l’an 1373, au nombre de 300 hommes sous le duc de Berry, ès parties de Guyenne, figure le vicomte d’Aunay avec le titre de sénéchal de Poitou, et commandant à 9 chevaliers et à 52 écuyers. (Bibl.nat., ms. fr. 20684, fol. 441, etc.) On trouve plusieurs mentions du sénéchal dans les registres de comptes de l’hôtel du duc de Berry pour les années 1371-1373, mais il n’y est jamais désigné par son nom. Le vicomte d’Aunay ne figure sur les états des officiers de la maison de ce prince qu’à partir de l’année 1374 ; il prend alors le titre de conseiller du comte de Poitou aux gages de trois francs d’or par jour. Du 1er janvier au 30 juin 1374, il avait quatre-vingt-dix-huit journées de service, pour lesquelles il lui fut alloué 294 francs ; du 1er juillet au 26 octobre de la même année, il servit auprès du duc de Berry quatre-vingt-quatre jours et eut de ce chef 252 francs (KK. 252, fol. 35 v°).
Le vicomte d’Aunay avait eu aussi en don du roi la terre de la Sauzaye au territoire de Saint-Xandre en Aunis. Durmas de Sainte-Maure, chevalier, à qui avait appartenu antérieurement cette terre, attaqua en Parlement la validité de cette donation, demandant à être remis en possession de son bien. La cour ordonna, le 24 novembre 1375, de faire une enquête à ce sujet, et renvoya les parties, pour le rapport et le jugement, aux jours de Vermandois de la session suivante (X1a 25, fol. 3 v°). Dans un mandement de Charles V aux généraux conseillers sur le fait des aides ordonnées pour la guerre, relatif au paiement de divers chevaliers et gens d’armes retenus au service du roi, on trouve « Jean La Personne, vicomte d’Aunay, pour la garde de ses forteresses, au nombre de dix hommes d’armes et de trente servans à pié comptez pour dix hommes d’armes... » (Acte du 13 février 1379 n. s., L. Delisle, Mandements de Charles V, p. 896.)
Des lettres de notification de reprise de procès entre Aimery de Rochechouart et Jean La Personne, agissant comme vicomte d’Aunay et ayant le bail et administration de Guy La Personne, son fils, et de sa feue épouse (X1a 29, fol. 98), nous permettent de rectifier la date de la mort de Marguerite de Mortagne, fixée à tort par les auteurs à l’année 1385 (vol. précédent, p. 192 note). Ces lettres sont du 20 août 1380, peu de temps après le décès de la vicomtesse d’Aunay. Le même Aimery de Rochechouart poursuivait au Parlement Jean II de Clermont, qualifié alors vicomte d’Aunay, le 30 avril 1382 (X2a 10, fol. 142 v°), ce qui autorise à conclure que Jean La Personne était mort à son tour, un peu avant cette dernière date. Il avait eu d’un premier mariage un fils aussi nommé Jean, qui porte, dans de nombreux actes de la fin du xive siècle, le titre de vicomte d’Acy, et de son second mariage avec Marguerite de Mortagne, un autre fils, Guy La Personne, comme nous venons de le voir. Ce dernier, qui porta aussi plus tard le titre de vicomte d’Aunay, partagea avec son frère utérin, Jean de Clermont, la succession de leur mère, partage qui ne se fit point sans difficulté, comme le prouvent de nombreux actes de procédure au Parlement, entre autres trois traités passés entre les deux frères et enregistrés par la cour, les 1er et 7 février 1382, et le 23 mars 1383 (X1c 44 et 46).