[p. 373]

MDXXIII

Rémission obtenue par Pierre de Marvilleau, écuyer, sr de la Vergnaye, poursuivi en Parlement parce qu’il avait, par amour pour Marguerite de Razilly, veuve d’Antoine sire d’Argenton, fait une déposition mensongère, profitable à Louis Chabot, seigneur de la Grève, contre le sr de Montsoreau.

  • B AN JJ. 197, n° 395, fol. 204
  • a P. Guérin, Archives historiques du Poitou, 38, p. 373-386
D'après a.

Loys, par la grace de Dieu roy de France. A tous ceulx qui ces presentes lettres verront, salut. L’umble supplicacion [p. 374] de Pierre de Marvilleau, escuier, seigneur de la Vignoie1, [avons receue], contenant que v. ou vi. ans a ou environ, il estoit demourant avecques feue Marguerite de Rasillé, lors vefve de feu Anthoine d’Argenton2, chevalier, seigneur [p. 375] dudit lieu d’Argenton, durant lequel temps estoit fort accointé, famillier et en grace d’icelle de Rasillé ; et aussi estoit pour lors Loys Chabot, chevalier, seigneur de la Gresve3, fort famillier de ladicte Rasillé, et avoient ensemble grans communicacions et accoinctances. Et durant icelui temps, deux ans a ou environ, avint que, au moyen de certaine hayne que eurent ensemble lesdiz de Rasillé et de la Gresve, icelui suppliant sejourna ung jour, [p. 376] comme souvent sejournoit avec ladicte de Rasillé, et en parlant de plusieurs choses, icelle de Rasillé, commança à parler audit suppliant dudit Chabot, en lui disant qu’il n’estoit point homme qui lui deust porter les termes qui lui portoit, et qu’elle l’avoit bien servy et fait trop de plaisir et plus qu’elle ne devoit, dont elle sentoit sa consience chargée. A quoy ledit suppliant respondi ces motz ou semblables : « Madame, si vous avez fait chose contre Monsieur de Monsoreau4 qui ne soit à faire, il vauldroit [p. 377] mieulx, selon Dieu et vostre conscience, en dire et faire savoir audit de Monsoreau la verité. » Et adonc ladicte de Rasiglé lui en commança à conter comment autresfoiz en faveur dudit de la Gresve elle avoit fait emplir et escripre, au lieu de Champeigné sur Veude, en ung blanc signé de son feu mary et scellé du seel de ses armes une lettre par François Gibert5, laquelle ledit Gibert, après ladicte escripture, [p. 378] avoit signé, et l’avoit fait minuter, comme elle disoit, ledit de la Gresve par Thomas Gibourreau, son chastellain et officier, contenant, entre autres choses, que ledit seigneur d’Argenton, son feu mary, en recompence de certaines terres appartenans audit Chabot, qui autresfois avoient esté vendues par ledit d’Argenton ou ses predecesseurs, durant ce qu’ilz avoient l’administracion dudit Chabot et de ses biens, vouloit que ladicte terre d’Argenton demourast après son decès audit Chabot et qu’il …6 audit Gibert la cappitainnerie, sa vie durant ; de laquelle lettre ledit Chabot s’estoit aidé en certain procès qu’il avoit, en nostre court de Parlement, contre ledit de Moncereau (sic) et en avoit gangné sa cause. Après lesquelles parolles ainsi recitées et dictes par ladicte de Rasillé audit suppliant, elle le chargea de le dire et faire savoir audit de Monsoreau et qu’il le fist parler à elle, et qu’elle lui vouloit dire des choses touchant ladicte matière, ce que ledit suppliant fist peu de temps après. Et depuis les fist parler ensemble au lieu de Partenay, auquel lieu ilz furent par aucun temps et parlèrent ensemble, et croyoit le dit suppliant que ce feust de ladicte matière. Mais il ouyt que ledit de Monsoreau dist au deppartir qu’il faisoit venir ung commissaire pour veriffier ladicte matière et qu’il failloit que ladicte de Rasillé et ledit suppliant en depposassent devant lui, dont ilz furent contens. Et à ceste cause, fist ledit de Montsoreau venir ou païs nostre amé et feal conseiller en nostre court de Parlement, maistre Jehan des Feugeretz7, commissaire d’icelle pour interroger les dessus [p. 379] diz et autres touchant ladicte faulce lettre. Et quant ledit commissaire fut venu ou païs, icelui de Monsoreau manda audit suppliant qu’il convenoit qu’il depposast et que le commissaire estoit venu, et pour faire ses despens lui envoya cinquante escuz, lesquelz ledit suppliant print, et incontinent ala le dire à ladicte de Rasillé. Laquelle, pour ce que il8 avoit fait appoinctement avecques ledit de la Gresve, lui dist qu’il ne depposast riens, touchant ladicte faulce lettre, de ce que autresfoiz lui avoit dit ne chose qui feust contre ledit de la Gresve, et que si autrement il le faisoit, jamais n’auroit beau se trouver devers elle, et lui feroit perdre son argent qu’elle lui devoit, montant de huit cens à mille escuz, laquelle (sic) il lui avoit presté, et que, se il en diroit riens, elle le desadvoeroit et diroit que jamais ne lui en auroit parlé, et que pour tant il demourroit seul en son oppinion et depposicion et en pourroit cheoir en inconvenient. Et ce voyant, ledit suppliant, qui estoit fort jeune de sens et de aage, comme de dix huit à xx. ans ou environ, et qu’il estoit fort amoureux et prins de l’amour de ladicte de Rasillé, tellement qu’elle ne lui sceust riens commander ne dire qu’il ne le fist pour lui complaire, doubtant que s’il lui disoit chose qui lui feust desagreable, qu’il feust et demourast en son indignacion et perdit la grant acointance qu’elle avoit à lui, et aussi son argent qu’elle lui devoit, comme dit est, dont il n’avoit cedulle ne obligacion, et aussi qu’il demourast seul en sa depposicion, icellui suppliant qui estoit jeune, simple et ignorant et qui ne cuidoit aucunement mesprandre ne faire chose qui feust digne de reprehencion, à l’instigacion, pourchatz, requeste et enortement de ladicte de Rasillé, quant ce vint au jour qu’il devoit estre examiné par nostredit conseiller, commissaire dessus dit, n’osa dire verité de ce qu’il avoit autresfoiz dit audit de Montsoreau, [p. 380] et dist que bien avoit oy dire et parler de ladicte faulce lettre à gens de ladicte de Rasillé, mais ne sçavoit èsquelx ne de quoy elle parloit ; et oultre afferma que jamais ne l’avoit oy dire à ladicte de Rasiglé ne audit de la Gresve, et que ladicte de Rasiglé jamais ne lui en avoit donné charge d’en parler audit de Montsoreau, et si aucunement il en avoit parlé, ce avoit esté de la promocion, instigacion et requeste dudit de Montsoreau et par le moyen dudit argent qu’il lui en avoit envoyé et fait bailler. Laquelle depposicion nostre dit conseiller, commissaire susdit, rediga et fist mettre par escript. Et par autre commission obtenue par ledit de Montsoreau et à sa requeste, ledit suppliant fut de rechef interrogé par nostre amé et feal conseiller en nostre court de Parlement, maistre Jehan Chambon, nostre lieutenant en Poictou9, au lieu [p. 381] de Bresuyre, devant lequel se percevera en sa première dicte depposicion et se rapporta à ce qu’il en avoit dit devant ledit des Feugerrois, en disant semblablement qu’il avoit bien oy parler de ladicte faulce lettre, mais ne sçavoit à qui, et que jamais n’en avoit oy parler à ladicte de [p. 382] Rasiglé, et ne lui avoit donné charge en parler audit de Montsoreau, et que ladicte de Rasiglé estoit fine femme et qu’elle ne disoit point ces choses, si elle ne sçavoit bien à qui. Depuis lesquelles depposicions ainsi faictes par ledit suppliant, et après le trespas de ladicte de Rasiglé, il a [p. 383] esté de rechef interrogé sur ladicte matière, et considerant que èsdictes deux premières depposicions il avoit depposé contre verité et autrement que à point, tant par indiscreccion, esnortement et crainte d’encourir en l’indignacion de ladicte de Rasiglé, de laquelle il avoit esté fort acointé, que aussi de paour de perdre son argent, [p. 384] comme dit est, a dit et depposé la verité du cas et que la dicte de Rasiglé lui avoit dit et affermé les parolles dessus dictes, et lui avoit chargé les dire et notiffier audit de Montsoreau, et que depuis il les avoit fait parler ensemble, ainsi que dessus est dit. Depuis laquelle veritable depposicion ainsi par lui faicte, il a esté adjourné par ordonnance de nostre dicte court de Parlement à comparoir en personne en icelle court, à la requeste de nostre procureur general, à certain jour, auquel pour obeir à nous et à justice, s’est comparu et presenté en personne, et a esté de rechef interrogé, et a dit et depposé et affermé par verité toute sadicte derrenière depposicion estre veritable, et perceveré en icelle. Mais ce neantmoins, pour la variacion et contrarieté de sesdictes depposicions et qu’il s’est trouvé et trouve, par la derrenière d’icelle, qu’il avoit cellé verité en ses premières depposicions, il a esté arresté prisonnier en nostre ville de Paris, par ordonnance de nostre dicte court10, et doubte que l’en lui voulsist tenir rigueur [p. 385] de justice et proceder contre lui à quelque rigoreuse pugnicion, se nostre grace ne lui estoit sur ce impartie, en nous humblement requerant icelle. Pourquoy nous, les choses dessus dictes considerées, audit suppliant avons quicté et pardonné et par ces presentes, etc. quictons et pardonnons le fait et cas dessus dit, avec toute peine, amande et offence corporelle, criminelle et civille, en quoy pour et au moyen des diz cas il pourroit estre encouru [p. 386]envers nous et justice, etc., satisfacion faicte à partie, si aucune en y a interessée, civillement tant seullement, se faicte n’est, etc. Si donnons en mandement, par cesdictes presentes, à noz amez et feaulx conseillers les gens tenans et qui tiendront nostre dicte court de Parlement à Paris, et à tous noz autres justiciers, etc. que de nostre presente grace, quictance et pardon ilz facent, seuffrent et laissent ledit suppliant joir et user plainement et paisiblement, etc. Donné à Amboise, le xviiie jour de may l’an de grace mil cccc. soixante treize, et de nostre règne le xiie.

Ainsi signé : Par le roy, le sire de Roscur11 et autres presens. Tilhart.


1 Sic. La Vignoie est une faute de lecture, le scribe sans doute ayant mal interprété une abréviation. Il faut corriger la Vergnaie, qui était un ancien fief en la paroisse de Chanteloup. Ce Pierre de Marvilleau, écuyer, seigneur de la Vergnaie, n’ayant en 1473 que de vingt-quatre à vingt-six ans, comme il est dit dans un autre endroit de ces lettres de rémission, les documents conservés dans le chartrier de Saint-Loup, que nous allons citer, se rapportent plutôt à son père. Il s’agit d’abord de trois aveux rendus au sire de Bressuire, le premier en 1433, les deux autres en 1445, par Pierre Marvilleau, qualifié chevalier dans le dernier, pour : 1° une borderie de terre herbergée, appelée la Girardière ; 2° l’hôtel, terre et seigneurie du Bois-Renault ; 3° l’hôtel des Pascauderies, autrement dit du Russot, sis en la ville de Moncoutant. (Arch. des Deux-Sèvres E. 1393, 1458, 1482.) La même année 1445, Pierre Marvilleau, « seigneur de la Vergnaye », fit hommage à Jacques de Beaumont dudit hôtel des Pascauderies et des herbergements de la Brousse et de la Limbaudière, sis à Chanteloup. (Id., E. 1681.) En 1450, Hugues de Conzay, sénéchal de Bressuire, fit défense à « Pierre Marvilleau, chevalier, demeurant au lieu de la Vergnaie, d’avoir en sa maison chiens ne levriers qu’ils ne soient accouplés, ledit lieu étant en dedans des garennes de la seigneurie » (Id., E. 1700.) A l’arrière-ban convoqué à Poitiers par Yves du Fou, le 5 octobre 1467, Pierre Marvilleau servit personnellement en qualité d’homme d’armes dans la compagnie du sire de Bressuire et fournit en outre deux archers, et sur le rôle de l’arrière-ban du 26 novembre 1491 et jours suivants, parmi « ceux qui sont dans la garnison de Tiffauges … et ont duement fait la montre audit lieu », figure « Pierre Mervilleau, sieur de la Vergnais, archer (Bressuire) », le même évidemment que le bénéficiaire de ces lettres de rémission du 18 mai 1473. (Cf. Roolles des bans et arrière-bans de Poictou, etc., p. 14 et 60.)

2 Antoine, seigneur d’Argenton, de Gourgé, l’Hérigondeau, Souvigné, etc., avait épousé Marguerite de Razilly, le 3 février 1455. Le 12 mars de la même année, il reçut de Guy de Montfaucon, chevalier, sr de Saint-Mesmin, l’aveu de la terre d’Aubigny, testa en 1460 et mourut l’année suivante sans postérité. Il était fils de Guillaume sr d’Argenton, chevalier, et de Jeanne de Naillac, héritière de tous les biens de sa maison, et avait quatre sœurs : Brunissende, mariée, le 21 juin 1422, à Thibault IX Chabot, sr de la Grève, tué à la Journée des harengs (18 février 1429) ; Jacquette, femme de Jean de Vendôme, vidame de Chartres ; Antoinette, mariée, le 13 avril 1439, à Jean de Montenay ; Louise, femme de Bertrand de la Haye, seigneur de Mallièvre, mariée le 25 mars 1456. (Dict. des familles de l’anc. Poitou. 2e édit., t. I, p. 102.) Razilly, ancien fief connu dès le xiie s., château fort en la paroisse de Beaumont-en-Véron, où Charles VII résida pendant les mois de mai, juillet et septembre 1446, appartenait à la famille de ce nom. Marguerite était la fille de Jean de Razilly, chevalier, qui donna l’hospitalité à Charles VII, et sœur d’un autre Jean auquel Louis XI rendit aussi visite en son château, car les lettres patentes de janvier 1465 n. s., par lesquelles il lui permet de chasser sur une étendue de quatre arpents faisant partie de la garenne royale dans la forêt de Chinon, sont datées de Razilly. (Carré de Busserolle, Dict. géogr., hist. et biogr. d’Indre-et-Loire, t. V, p. 264.) Nous devons signaler aussi quatre actes d’hommage rendus, le 1er avril 1451 n. s., par Antoine, sr d’Argenton, à Artus de Bretagne, comte de Richemont, comme seigneur de Parthenay, à cause 1° de son herbergement de Gourgé ; 2° de son herbergement de l’Herigondeau ; 3° de son hôtel de Parthenay, sis près les murs de la ville en la paroisse Sainte-Croix ; 4° d’une borderie de terre « desherbergée, appelée la borderie aux Millés ». (Arch. nat., R1a 190, fol. 66 à 69.) C’est cet héritage, qui en réalité revenait pour la plus grande partie à sa mère, Brunissende d’Argenton, que Louis Chabot, sr de la Grève, chercha et parvint même un instant à s’approprier, à l’aide d’un faux et avec la complicité de Marguerite de Razilly, veuve d’Antoine d’Argenton.

3 Louis Chabot, chevalier, seigneur de la Grève, chambellan du roi, fils de Thibaut IX et de Brunissende d’Argenton, ayant à peine six ans à la mort de son père, était resté longtemps sous la tutelle de Guillaume, sire d’Argenton, père d’Antoine, son aïeul maternel. On accusait celui-ci de s’être montré peu scrupuleux dans l’administration de la fortune de son pupille, d’avoir aliéné plusieurs terres importantes comme celles de Pressigny en Gâtine, de Verneuil en la châtellenie de Loches, si bien qu’à sa majorité, celui-ci se trouvait dépouillé de plus de 500 livres de rente. La nouv. édit. du Dict. des familles du Poitou parle de ses démêlés judiciaires avec Antoine d’Argenton au sujet des comptes de sa tutelle, puis celui-ci étant décédé, avec l’une de ses sœurs, Antoinette, femme de Jean de Montenay (t. II, p. 180), mais reste muet en ce qui touche ses procès avec sa sœur Jeanne et le mari de celle-ci, Jean de Chambes, sr de Montsoreau, et l’accusation de faux portée contre lui et reconnue fondée, ce qui fut cause qu’il dut rendre Argenton, dont le Parlement, sur le vu du titre faux, lui avait d’abord reconnu la possession. Outre ces procès, dont il sera question plus spécialement dans une note suivante, on peut indiquer ici un arrêt rendu par la cour, le 17 janvier 1453 n. s., entre lui et Jean de Graville (Arch. nat., X2a 26, fol. 220 v°), et un acte du 26 août 1454, dans lequel Louis Chabot est qualifié chevalier, seigneur de la Grève, de Moncontour et de Marnes et accepte l’amortissement, moyennant vingt-sept écus d’or, d’une rente de douze livres que lui devait le chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers. (Coll. dom Fonteneau, t. XII, p. 83.) Il mourut à la fin de 1479 ou au commencement de 1480 ; son fils et sa fille aînée décédèrent avant lui. Seule, Madeleine, née après le 5 mai 1453, lui survécut ; elle avait épousé, le 4 février 1470, Navarrot d’Anglade, écuyer, chambellan du roi, capitaine de Mauléon.

4 Jean de Chambes, sr de Montsoreau, né vers 1400 ou 1410, suivant Vallet de Viriville (Article de la Nouvelle Biographie générale), avait épousé, par contrat daté de Saumur, le 17 mars 1446 n. s., Jeanne Chabot, fille de Thibaut IX, seigneur de la Grève et de Montsoreau, et de Brunissende d’Argenton. La collection des pièces originales de la Bibl. nat., vol. 655, contient un dossier de plus de quarante pièces relatives à ce personnage, dont J. Vaësen a donné l’analyse (Lettres de Louis XI, t. IV, p. 273 ; t. VII, p. 72) et desquelles il résulte qu’il fut d’abord écuyer d’écurie de Charles VII (lettres datées du Bourg-de-Déols, le 11 mars 1426), panetier du roi, d’après une quittance du 14 février 1438, puis son conseiller et chambellan (autre quittance du 8 janvier 1442), commissaire royal aux États tenus à Montferrand en novembre 1441, et enfin premier maître d’hôtel du roi (quittance de gages des 12 janvier 1444, 4 août 1447 et 4 mai 1449). Jean de Chambes fut également capitaine d’Aigues-Mortes (don de Charles VII, du 26 février 1428), dont on le trouve, plus tard sous Louis XI, qualifié châtelain et viguier, connu aussi capitaine de la tour de Charbonnière près dudit lieu d’Aigues-Mortes (quittance du 25 juillet 1466), puis capitaine de Talmont-sur-Gironde (quittance du 11 septembre 1451), de Niort (id. du 15 juillet 1456), gouverneur de la Rochelle, après André de Villequier, suivant des lettres du roi lui accordant délai pour prêter serment en cette qualité (20 janvier 1450). Sous ce règne, le sr de Montsoreau fut mêlé à d’importantes négociations diplomatiques. Il avait acquis la terre et seigneurie de Montsoreau, en 1450, de Louis Chabot, sr de la Grève, son beau-frère. Jeanne Chabot, sa femme, était en 1473 dame d’honneur de la reine Charlotte de Savoie, et recevait du roi une pension de 1.000 livres, comme on le voit par le compte de Guillaume de Nève, trésorier et receveur général de Languedoc, pour l’année 1476. Ils eurent un fils, Jean de Chambes, baron de Montsoreau, et deux filles : Nicole ou Colette, seconde femme de Louis d’Amboise, vicomte de Thouars, puis maîtresse de Charles, duc de Guyenne, frère de Louis XI, morte en 1472 ; et Hélène, mariée, par contrat du 27 janvier 1473 n. s., à l’illustre Philippe de Commynes, auquel elle apporta entre autres biens la terre et seigneurie d’Argenton. (Mlle Dupont, Mémoires de Commynes, t. III, Preuves, p. 38-53. — Voy. aussi l’abbé A. Ledru, Louis XI et Collette de Chambes en Poitou ; Id., Un procès au XVe siècle. Louis XI, Philippe de Commines, le seigneur de Montsoreau et les habitants de Savigny. Angers, 1884, in-8°.) MM. Beauchet-Filleau mentionnent « un appointement daté de 1480, entre Jeanne Chabot, dame de Montsoreau, veuve de Jean de Chambes, d’une part, et Gosceline (alias Hesseline) Chaperon, seconde femme, alors veuve, de Louis Chabot, d’autre part », sans indication de source ni d’objet. On n’en peut déduire que la date approximative du décès des deux beaux-frères. (Op. cit., t. II, p. 180.)

5 Aliàs Gébert. François Gébert, écuyer, demeurant à l’Isle-Bouchard, s’était avoué, pour libérer sa conscience, disait-il, l’auteur matériel du faux fabriqué à l’instigation de Louis Chabot, et comme Pierre Marvilleau, sans doute à la même date, il avait obtenu des lettres de rémission. Elles portaient en substance que douze ans auparavant, après le décès d’Antoine d’Argenton, Louis Chabot s’en vint à l’Isle-Bouchard, en l’hôtel d’un sr Germier, et pria Gébert, « avec lequel il avoit grant accointance tant au moien de la guerre que autrement », de le venir trouver, ce qu’il fit. A cette entrevue, le sr de la Grève lui montra « un blanc signé et seellé du feu sr d’Argenton et une minute en papier », dont il le requit très instamment de transcrire le contenu sur ledit blanc, lui affirmant qu’il n’y avait aucun risque à courir et qu’il ne lui en arriverait aucun inconvénient. Comme Gébert ne se prêtait pas à ce désir, Chabot le menaça de le « destruire de corps et de biens », mais ne parvint pas à vaincre sa résistance. Il agissait d’accord avec Marguerite de Razilly, veuve du sr d’Argenton, et la tenait au courant de ses démarches. Celle-ci se chargea de continuer les pourparlers avec François Gébert ; elle le fit venir à Champigny-sur-Veude, où elle s’était transportée à la demande de son complice, « avec une solue damoiselle », et sut si bien s’y prendre qu’elle le décida à ce qui lui était demandé. Depuis, ayant su que Chabot s’était aidé de ce faux titre dans le procès qu’il avait au Parlement contre Jean de Chambes, et que par ce moyen il l’avait gagné, Gébert « a fait conscience d’avoir emply ledit blanc signé et à ceste occasion en a adverty le roy, qui a fait prendre par son chancellier (Pierre Doriole) et Chambon, conseiller ceans, sa confession sur ce, par devant lesquelx il a confessé la verité du cas et en a requis pardon au roy ». Le jeudi 3 juin 1473, François Gébert et Pierre Marvilleau, écuyers, demandaient à la cour respectivement l’entérinement de leurs lettres de rémission. Jean de Chambes, Philippe de Commynes, son gendre, et le procureur général s’y portèrent opposants et exposèrent dans une longue plaidoirie, le 10 du même mois, les procès interminables qu’ils avaient été obligés de soutenir, les dépenses qu’ils leur avaient occasionnées, et tous les dommages que cette pièce fausse leur avait fait subir ; ils demandaient que lesdites lettres fussent déclarées subreptices, obreptices, inciviles et déraisonnables, et Gébert condamné à faire amende honorable et à vingt mille écus de dommages-intérêts envers lesdits de Chambes et Commynes. (Arch. nat., X2a 39, aux dates.) On ne sait comment l’affaire se termina ; il n’en est plus question sur les registres du Parlement, après cette date du 10 juin 1473.

6 Blanc au registre. On peut, ce semble, suppléer par les mots « qu’il en donnast ».

7 Ou de Feugerais ; il avait été reçu conseiller au Parlement de Paris le 10 mai 1454. Il était fils puîné de Jean de Feugerais et de Catherine Le Beurrier, et épousa Radegonde, fille de Robert Thiboust, président à mortier au Parlement, dont il eut un fils, prénommé aussi Jean, qui fut à son tour conseiller à la même cour, et deux filles. (Voy. F. Blanchard, Catalogue de tous les conseillers au Parlement de Paris, in-fol., p. 24.)

8 On devrait lire plutôt « elle ».

9 Jean Chambon, dont nous rencontrons ici pour la première fois le nom, joua un rôle important en Poitou sous Louis XI, quoiqu’il fût étranger au pays. Blanchard le dit originaire d’Auvergne, et cette assertion parait très vraisemblable. Nous n’avons d’ailleurs trouvé aucun renseignement sur ce personnage avant sa nomination comme conseiller au Parlement de Paris, le 16 avril 1454. Il fit partie d’une promotion nombreuse, parce que depuis longtemps Charles VII n’avait pas pourvu aux vacances de la cour. Sur une dizaine de conseillers lais nommés en même temps que lui, les lettres patentes du 16 avril décident qu’il prendra séance au second rang. Reçu par la cour, le 10 mai suivant, avec Pierre Clutin, Jean de Feugerais et Raoul Pichon, tous licenciés en lois, il fut confirmé dans cet office à l’avènement de Louis XI, par lettres patentes du 8 septembre 1461, ainsi que les autres officiers du Parlement. (Arch. nat., X1a 1483, fol. 242 ; Ordonnances des Rois de France, in-fol., t. XIV, p. 268, et t. XV, p. 13.) Suivant le Dict. des familles du Poitou, le roi le nomma, l’an 1464, lieutenant général de la sénéchaussée de Poitou (nouv. édit., t. II, p. 221) ; il aurait ainsi remplacé Hugues de Conzay (sur lequel voy. notre volume précédent, p. 274-276, note). La date exacte de ses provisions n’est pas autrement spécifiée ; mais ce que l’on peut affirmer, c’est que le 12 juillet de cette année, dans une lettre à Jean Bourré, écrite aux Sables-d’Olonne, il annonce à celui-ci qu’il y avait été envoyé avec mission d’ « allonger » les gens d’armes et qu’il doit aller à Fontenay et à Niort pour s’enquérir de l’artillerie disponible. (Bibl. nat., ms. fr. 20484, fol. 10.) La ville de Poitiers le choisit, au mois de février 1468, pour l’un de ses trois députés aux États de Tours et lui conféra, la même année, la dignité de maire. Dans un acte daté de Poitiers, le 4 juillet 1468, il s’intitule conseiller au Parlement et commis par le roi « à l’exercice de la justice de Poitou », de concert avec Mathurin Arembert, procureur du roi en la sénéchaussée, et Pierre Aubert, greffier de l’élection, et après enquête auprès des marchands boulangers et autres de la ville, il y certifie le prix de vente du froment, seigle, avoine, baillarge et volaille pendant l’année finie à la saint Jean précédente. (Original, signé de ces trois noms, Bibl. nat., ms. fr. 27140, n° 8.) Une constatation semblable pour l’année 1471, émanant de lui, de Roger Le Roy, substitut du procureur, et de Pierre Thoru, commis au greffe, se trouve dans le même manuscrit, sous la date de Poitiers, 7 janvier 1472 n. s. ; il y prend la qualité de conseiller au Parlement et de « lieutenant sur le fait de la justice au païs de Poictou ». (Original, id., n° 9.)

Un inventaire du xvie siècle des titres de la ville de Poitiers mentionne des lettres patentes de Louis XI, datées du 18 juin 1473, commettant Jean Chambon pour exercer l’office de sénéchal de Poitou. Ce document aujourd’hui perdu (Invent. des Arch. de la ville de Poitiers, par L. Rédet et A. Richard, p. 320, n° 2021) trouve sa confirmation implicite dans un mandement original de ce personnage adressé au premier sergent sur ce requis, lui ordonnant de saisir et mettre sous la main du roi « le fief de Genoillé », à la requête de Geoffroy Taveau, seigneur de Mortemer et d’Empuré, mandement daté du 18 août 1473 et signé de sa main, dans lequel il se dit, dans les mêmes termes, « commis par le roi à l’office de sénéchal de Poitou ». (Bibl. nat., ms. fr. 27140, n° 17.) Nous avons vu que Louis de Crussol, nommé gouverneur de Dauphiné, le 15 juin 1473, fut alors remplacé comme sénéchal de Poitou par Charles d’Amboise, seigneur de Chaumont. (Vol. précédent, p. 451, note.) En effet, dans les provisions du même office données au Plessis-du-Parc, le 24 novembre 1476, en faveur de Philippe de Commynes, il est dit formellement que celui-ci succéda au sr de Chaumont, qui, ayant été nommé gouverneur de Bourgogne et de Champagne, a résigné à son profit l’office de sénéchal. (Mémoires de Commynes, édit. de Mlle Dupont pour la Société de l’hist. de France, t. III, Preuves, p. 60.) Jean Chambon exerça donc par commission l’office dont Charles d’Amboise était titulaire, et l’un et l’autre en conservèrent, jusqu’à la nomination de Philippe de Commynes, le premier les fonctions, le second le titre et les prérogatives. Nous pouvons citer au moins cinq autres actes dans lesquels Chambon prend cette qualité de commis par le roi à l’office de sénéchal de Poitou. Le premier, daté du 5 juillet 1474, est intitulé : « Commission donnée par Jehan Chambon, conseiller et maître des requêtes ordinaire de l’hôtel du roi, et commis par ledit seigneur à l’office de sénéchal de Poitou, à François Mignot, enquêteur pour le roi en Poitou, pour s’informer de ce qu’étaient les rentes amorties en faveur de l’abbaye des Châtelliers, etc. » (L. Duval, Cartulaire de l’abbaye royale de N.-D. des Châtelliers, Niort, 1872, in-8°, p. 222.) Le second est une rémission, de décembre 1474, en faveur de Jean Coulon, dont on trouvera le texte à sa date dans le présent volume ; le troisième, du 20 juin 1475, est un nouveau certificat des prix du setier de froment, seigle, baillarge, avoine, et des chapons, oies, gélines, etc., signé de lui, de Regnaut Du Noyer, procureur du roi en Poitou, et de Pierre Thoru, commis au greffe ordinaire de la sénéchaussée. (Original, ms. fr. 27140, n° 20.) Le quatrième, du 12 juillet 1476, est une sentence par lui rendue, condamnant les maire, échevins et bourgeois de Poitiers à laisser jouir Jean Rideau des moulins de Chasseigne et de plusieurs rentes assises sur des maisons. (Invent. des Arch. de la ville de Poitiers, p. 321, n° 2028.) Enfin, par le cinquième, daté du 7 août 1476, il donne l’ordre à Hervé Prévost, enquêteur en Poitou, de faire une information sur le contenu d’articles d’Etienne de Bonney, receveur ordinaire du roi en Poitou, énonçant certaines places et autres choses à bailler au profit du roi. (Orig. signé, ms. fr. 27140, n° 22.) Le même recueil contient des lettres patentes de Louis XI, datées de Niort, le 18 novembre 1472, portant que Jean Chambon avait été nommé, au mois de janvier 1468 n. s., conseiller et avocat du roi en la sénéchaussée de Guyenne, remplacé par Aymer Laborie, pendant que Charles, frère du roi, avait été duc de Guyenne, et confirmé dans cet office après la mort de ce prince. (Id., n° 16.) Comme il est peu admissible que l’office d’avocat du roi à Bordeaux ait pu être compatible avec l’office de lieutenant général du sénéchal de Poitou, et à plus forte raison avec celui de commis à l’office de sénéchal, il y a lieu de supposer qu’il s’agit d’un autre personnage de mêmes nom et prénom. D’ailleurs, le 9 février 1474 n. s., Jean Chambon avait été promu maître des requêtes ordinaire de l’hôtel et remplacé dans sa charge de conseiller lai au Parlement par Artus de Cambray, licencié en lois. (Arch. nat., X1a 1486, fol. 139.) Après que Commynes eut été élevé à la dignité de sénéchal de Poitou, Jean Chambon reprit l’exercice de la charge de lieutenant général de la sénéchaussée. Il figure dans beaucoup de textes des années 1477 et suivantes en cette qualité et, entre autres, dans l’acte de refus qu’il opposa, le 5 novembre 1482, à l’entérinement des lettres patentes du 8 juillet précédent, rétablissant le siège royal et les assises de Saint-Maixent. (A. Richard, Chartes de l’abbaye de Saint-Maixent, t. II, Arch. hist. du Poitou, t. XVIII, p. 263-264.)

Indépendamment de l’exercice de ces divers offices, Jean Chambon fut fréquemment employé pour les affaires du roi, qui lui confia plus d’une mission importante. Il fut avec Pierre de Rohan, seigneur de Gyé, et deux autres, l’un des négociateurs du traité conclu avec le duc de Bretagne, le 24 juillet 1477. (Ordonnances des Rois de France, in-fol., t. XVIII, p. 278.) Son nom figure dans ce recueil parmi les membres du conseil royal qui souscrivirent des ordonnances des années 1476 à 1484. (T. XVIII, p. 210, 258, 529, 542, 557, 722, 725 ; t. XIX, p. 181, 280, 531.) Louis XI le chargea aussi de traiter le mariage d’Antoine de Chourses, sr de Maigné et d’Echiré, fils de Guy, sr de Malicorne, avec Catherine, seconde fille d’Olivier de Coëtivy, seigneur de Taillebourg, janvier-avril 1479. Une très intéressante correspondance échangée à ce sujet a été publiée par P. Marchegay, sous le titre : Louis XI, M. de Taillebourg et M. de Maigné. (Bibl. de l’École des Chartes, t. XVI, p. 1-27.) Jean Chambon y est dit « lieutenant de Poitou ». Un mémoire du procureur du roi de la ville de Poitiers, conservé dans les archives municipales (L. 7), nous fait connaître qu’en 1477 ou 1478, Jean Chambon avait été en outre commis par le roi, ainsi que Guillaume de Paris, conseiller au Parlement, Gilles Le Flament, général de la justice des aides, Pierre Jouvelin, correcteur, et Guy Avrillot, clerc des comptes, pour juger les différends mus entre les maires et échevins, d’une part, Jean Tartas, Jean Thénot, Antoine Baiart et autres qui, ayant été chargés d’une enquête sur une soustraction de fonds, prétendaient revoir et corriger les comptes de Jamet Gervain, Jean Boylesve, Jean de La Fontaine, André Chaillé et Guillaume Macé, successivement receveurs de la ville.

Jean Chambon est surtout connu par son rôle dans le long procès de la maison de La Trémoïlle, héritière de celle d’Amboise, contre Louis XI, au sujet de la vicomté de Thouars et autres terres ayant appartenu à Louis d’Amboise, vicomte de Thouars, et que le roi s’était adjugées au détriment de Louis de La Trémoïlle et de ses enfants. Il avait donné une bonne partie de cette dépouille, comme l’on sait, à Philippe de Commynes. Peu de temps avant sa mort, il eut, paraît-il, des remords et reconnut, en présence de témoins, l’iniquité de sa conduite dans cette affaire. La régente, Anne de Beaujeu, prescrivit une enquête sérieuse qui aboutit à la restitution de l’héritage de Thouars aux La Trémoïlle. Mlle Dupont, dans son édition des Mémoires de Commynes, a publié en appendice ces très curieux documents qui avaient été connus de M. de La Fontenelle de Vaudoré (Commynes en Poitou) et dont il ressort que Jean Chambon, témoin d’une destruction de titres contraires aux prétentions de Louis XI, avait tenu en cette circonstance un langage d’une indépendance relative vis-à-vis du roi et surtout vis-à-vis de Commynes, dont il est juste de lui tenir compte, quoique en définitive il dut se soumettre à la volonté despotique de son terrible maître. (Voy. les Mémoires de Commynes, édit. par Mlle Dupont pour la Société de l’hist. de France, t. III, p. 80-128.) Sous Charles VIII, Jean Chambon fut maintenu dans son office de maître des requêtes ordinaire de l’hôtel, et il en exerça les fonctions jusqu’à sa mort, arrivée le 8 juin 1490 ; il était âgé de soixante-six ans et fut inhumé dans le couvent des Filles de l’Ave-Maria à Paris, où son épitaphe a été recueillie. Ses armes étaient d’azur à la tour d’argent maçonnée de sable. Il avait épousé Marie, fille de Philippe des Courtils, conseiller au Parlement, et plusieurs de ses descendants en ligne directe furent aussi conseillers au Parlement de Paris dans le cours du xvie siècle. (Blanchard, les Genéalogies des maistres des requestes, in-fol., p. 215 ; La Chenaye-Desbois, Dict. de la noblesse, in-4°, t. V, p. 46 ; E. Raunié, Épitaphier du vieux Paris, in-4°, t. I, p. 287.)

10 Mandement du 19 mars 1473, ordonnant de prendre au corps et d’amener prisonnier à la conciergerie du Palais Pierre Marvilleau, François Gibert, Antoine Cauchon et Jean de Beauvoir, à la requête du procureur général, qui avait relevé des charges sérieuses contre eux, « visis certis oneribus et informacionibus factis super certis falsitatibus, subornacionibus testium et confectionibus falsarum litterarum per Ludovicum Chabot, militem, dominum de Gravia, seu ad ejus prosecucionem factis, ut dicitur, perpetratis in certo processu nuper pendente in dicta curia nostra, inter dictum Ludovicum Chabot, ex una parte, et dilectum nostrum Johannem de Jambes, eciam militem, dominum de Montsoreau, ex parte altera, racione successionis domini d’Argenton … » (Arch. nat., X2a 40, fol. 55 v°). — Les procès touchant la succession d’Argenton commencèrent peu de temps après la mort d’Antoine sire d’Argenton (1461). Sa principale héritière était sa sœur aînée, Brunissende, veuve de Thibault IX Chabot, sr de la Grève, mère de Louis et de Jeanne, cette dernière femme de Jean de Chambes. Ce fut celui-ci qui ouvrit les hostilités. Le défunt était tenu envers lui à 2.200 livres de rente à prendre sur ses biens. C’était une somme considérable et qui engageait sinon la totalité, du moins une bonne partie de la succession ; le sr de Montsoreau réclama son dû à sa belle-mère, et un arrangement amiable termina ce premier différend (1463). C’est alors que Louis Chabot, sr de la Grève, intervint. Il avait été en procès avec Antoine d’Argenton à propos de la tutelle de sa personne et de ses biens exercée par Guillaume d’Argenton, père d’Antoine, dont l’administration, disait-il, avait été désastreuse pour lui. C’était l’explication qu’il donnait d’une prétendue lettre d’Antoine, qui lui faisait cession, post mortem, d’Argenton et autres biens, pour le dédommager. Ce titre avait été produit par Chabot dès avant le 12 septembre 1463, car à cette date déjà, Jean de Chambes l’arguait de faux, ainsi que deux autres actes. (X2a 30, fol. 259, 262, 276, 280 v°.) Le Parlement ne se prononça que le 19 mai 1469 ; l’arrêt expose toute la procédure antérieure, énumère les nombreux châteaux, terres, fiefs et autres biens ayant appartenu à feu Antoine d’Argenton, écarte la présomption de faux, admet les pièces produites comme authentiques et envoie le sr de la Grève en possession du château d’Argenton et de la moitié du domaine, non seulement de cette seigneurie, mais de toutes les autres provenant de la succession ; le reste est abandonné à Jean de Chambes, sauf à acquitter certaines rentes dont ladite succession était grevée. Louis Chabot avait donc obtenu gain de cause, grâce à un titre suspect, mais dont la fausseté n’avait pu être établie. (X1a 101, fol. 85-87 v°.) Le sr de Montsoreau n’en prit pas aisément son parti. D’abord, pour se venger de Marguerite de Razilly, veuve de sr d’Argenton, qu’il considérait non sans raison comme complice du sr de la Grève, il fit saisir les meubles du château de la Motte-Coupoux, dont elle jouissait en viager pour partie de son douaire, par sentences de Jean Chambon, lieutenant du sénéchal, et de Jean Favereau, prévôt de Poitiers ; mais en ayant appelé au Parlement, Marguerite obtint la cassation des décisions des premiers juges, par arrêt du 18 avril 1470. (X2a 36, fol. 288 v°.) Persuadé qu’il y avait eu subornation de témoins, que des faux avaient été commis, Jean de Chambes ne se tint pas pour définitivement battu. Il entama de nouvelles poursuites contre le sr de la Grève, devant le lieutenant du sénéchal de Poitou, puis devant le Parlement de Bordeaux, installé temporairement à Poitiers, qui, à la requête de Louis Chabot lui-même, évoqua l’affaire. Des plaidoiries y furent prononcées, le 17 décembre 1470 et les 20 et 26 août 1471, d’après l’unique registre qui nous reste des archives de cette cour, pendant son séjour à Poitiers. (X1a 4812, fol. 32 v°, 165, 166.) On comprendra que nous ne puissions pas entrer dans le détail de cette procédure, ce qui nous entraînerait beaucoup trop loin. En même temps, le sr de Montsoreau s’était adressé en cour de Rome et en avait obtenu « lettres de significavit, par lesquelles il feit ad monester tous ceulx qui retiennent le sien et qui ont dit en justice contre leurs consciences, en son prejudice, et les feit signifier et publier à la Chapelle Saint-Laurent, où demoure lad. dame (Marguerite de Razilly) qui, ce oy, feit conscience de ce que a fait et deposé en ceste matière, et parce revelé à Jambes le cas et luy en feit apparoir par l’obligation qu’elle a du sr de la Grève, et par les memoires et lettres nuisibles » qu’il lui avait adressés pour se mettre d’accord sur leurs fausses dépositions. (X2a 39, date du 10 juin 1473.) Ainsi la veuve d’Antoine d’Argenton elle-même avait avoué sa participation à la fabrication du faux titre. Sa confession, jointe à celle de Pierre Marvilleau et de François Gébert, promettait à Jean de Chambes une revanche éclatante. L’affaire fut donc introduite de nouveau au Parlement de Paris, où le sr de la Grève porta contre le sr de Montsoreau une plainte reconventionnelle en subornation de témoins et obtint, le 2 avril 1471, une ordonnance d’information. (X2a 38, fol. 57.) Nous avons vu les incidents résultant des rémissions obtenues par Marvilleau et Gébert et de l’opposition de Jean de Chambes à leur mise à exécution ; mais les registres criminels ne fournissent plus, à partir du 15 juin 1474 (X2a 40, fol. 64 v°) aucun renseignement sur le fond de l’affaire. Il est vraisemblable que quelque puissant personnage prit l’initiative de la soustraire à l’autorité judiciaire et de la terminer par un compromis, par une satisfaction secrète donnée par le sr de la Grève à son beau-frère. On sait en tout cas que les château, terre et seigneurie d’Argenton restèrent en fin de compte à Jean de Chambes, et qu’il les céda, moyennant une somme de 30000 écus payée par le roi, à sa fille Hélène et à son gendre Philippe de Commynes, par leur contrat de mariage. (Mémoires de Commynes, édit. de Mlle Dupont, t. III, Preuves, p. 40, 183.)

11 Philippe de Commynes, gendre de Jean de Chambes, sr de Montsoreau. (Contrat de mariage du 27 janvier 1473 ; Mlle Dupont, édit. des Mémoires, t. III, p. 38-53.) Sur sa qualification de sire de Roscur (Renescure) cf. ci-dessus, p. 339, note.